Le «Cruiser OSR », autorisé pour traiter le colza

Le 28 juin 2011 par Célia Fontaine
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Le ministre de l’agriculture a annoncé dans un communiqué du 16 juin sa décision d’étendre l’autorisation du pesticide «Cruiser OSR» au colza. Pour l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf) cette décision est illégale, et met fortement en danger les abeilles.

Pour justifier sa décision, le ministère se fonde sur l’avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) rendu le 15 octobre 2010 qui estime que l’usage de la préparation Cruiser OSR sur les semences de crucifères «satisfait à l’ensemble des conditions de sécurité requises».
 
Ce produit contient trois substances actives: le thiaméthoxam (un insecticide), le fludioxonil et le métalaxyl-M (tous deux des fongicides). Il sert à lutter contre les ravageurs (pucerons virulifères, tenthrèdes, petites et grosses altises) et contre les maladies du colza, comme le mildiou ou fontes des semis, explique le groupe suisse Syngenta. Interdit dans la plupart des pays européens, il est mis en cause dans la destruction des abeilles en France et en Europe depuis qu’il a pris la succession du Gaucho et du Regent.
 
En effet, le thiaméthoxam «est à l’origine de cas avérés d’intoxication d’abeilles. Son autorisation sur le colza, plante très visitée par les hyménoptères, est gravissime pour l’avenir du cheptel apicole français», alerte l’Unaf dans un communiqué du 16 juin. Jusqu’à présent, le colza restait une des rares cultures non traitées, ce qui permettait d’épargner les colonies. Le ministère précise que cette autorisation pourrait faire l'objet d'une suspension, en cas «d'incident».
 
De 2008 à 2011, le ministère en charge de l’agriculture a délivré 4 autorisations successives de mise sur le marché (AMM) du Cruiser sur le maïs (dans le JDLE). Mais le Conseil d’Etat a annulé deux décisions d’AMM de l’insecticide pour les années 2008 et 2009, dans un arrêt du 16 février (dans le JDLE). Pour délivrer de telles AMM, l’autorité administrative doit évaluer les risques sur l’environnement et la biodiversité, en utilisant la méthode dite «des quotients de danger». Ce qui n’avait pas été fait. Avec cette méthode, si le seuil de mortalité prévu par les textes est dépassé lors des tests, l’autorisation ne peut pas être accordée. Seule exception, le produit peut être autorisé si, d’après une évaluation précise, l’usage du produit n’a pas d’impact inacceptable sur la population d’abeilles.
 
La Haute juridiction doit se prononcer dans les prochains mois sur l’annulation de l’AMM délivrée pour les années 2010 et 2011.
En attendant, un nouveau réseau doit être déployé avant la fin de l’année partout en France, pour renforcer les recherches sur les mortalités d’abeilles et la prévention des risques liés aux insecticides, comme l’a recommandé le député Martial Saddier dans son rapport remis au gouvernement pour le développement d’une apiculture durable.
 
A compter de 2011, l’usage des semences enrobées sera comptabilisé dans les objectifs du plan Ecophyto 2018 visant à réduire l'utilisation de pesticides de 50% dans un délai de 10 ans si possible.
 
Il y aurait plus d’une douzaine de facteurs à l’origine de l’effondrement des colonies d’abeilles et des pollinisateurs en général, selon le dernier rapport publié le 10 mars dernier par le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) (dans le JDLE).


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