Le cri de l’iceberg pollue l’Antarctique

Le 15 juillet 2013 par Marine Jobert
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L'iceberg génère une énergie sonore intense.
L'iceberg génère une énergie sonore intense.
©Robert Dziak, Oregon State University

Des glaçons jetés dans un verre d’eau tiède claquent et se brisent; mais quel bruit fait celui qui fond lentement? C’est à une expérience similaire que se sont livrés des chercheurs de l’Oregon State University, dont les résultats viennent d’être publiés dans la revue Oceanography. Les scientifiques avaient déjà enregistré le son d’un iceberg qui se détache brutalement d’un glacier, mais pas les bruits engendrés par le bloc de glace lorsqu’il se délite dans l’océan. Or il apparaît que la fonte des glaces contribue de façon significative au bruit de fond sous-marin permanent, souvent incriminé dans la désorientation d’espèces marines [JDLE]. Un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur avec le changement climatique.

C’est l’iceberg A53a qui a servi de cobaye pour cette expérience. D’une longueur de 25 kilomètres sur 50, sa dérive d’avril à juin 2007 va être minutieusement «sonorisée» par une batterie de micros. De la mer de Weddell jusqu’au détroit de Bransfield, les scientifiques de l’Oregon State University vont enregistrer le raclement du bloc de glace contre le plancher océanique, à seulement 124 mètres de profondeur. Poursuivant sa progression, il va à nouveau rencontrer le fond de l’océan, à 265 m de profondeur, et se mettre à tourner sur lui-même. A ces deux occasions, il émettra des ondes spécifiques, des sortes de «tremblements», précisent les chercheurs.

Puis A53a va prendre la direction de la mer de la Scotia et ses eaux plus chaudes. Des vues prises en janvier 2008 par la station spatiale internationale montrent des sortes de lacs de glace fondue à la surface de l’iceberg, «ce qui indique qu’il est entré dans une phase de rapide désintégration», notent les chercheurs. Deux mois plus tard, l’iceberg se disloque et n'est plus visible depuis l’espace. Mais les micros ont pu «entendre» sa signature acoustique. Des sons comparés à des «icequakes» -des tremblements de glace- qui sont composés à la fois des craquements de la glace et de la propagation de ces craquements. En moyenne, ces sons tournent autour de 220 décibels.

Les chercheurs ont calculé que durant toute son existence, l’iceberg dispense une énergie équivalente au bruit généré par les machines de 214 supertankers pendant 20 minutes. «Ces chiffres démontrent que le son de la glace qui rompt dans l’océan austral peut être significativement plus important que les sources de bruit anthropogéniques et qu’il peut donc être considéré comme un contributeur majeur de tout le bruit présent dans l’océan», écrit Robert Dziak, le principal auteur de l’étude.

Robert Dziak appelle à poursuivre les recherches pour mieux comprendre «quelle est l’ampleur de leurs impacts spatiaux et écologiques sur tous océans».



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