Le consumérisme, l’Attila des sols mondiaux

Le 26 mars 2018 par Marine Jobert
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75% des terres dégradées dans le monde.
75% des terres dégradées dans le monde.
@Petr Baumann/Shutterstock.com

Pour subvenir à ses besoins effrénés en matières premières dans un monde en expansion démographique, l’Homme a déjà abîmé 75% des sols. Au risque d’amplifier encore les famines, les migrations et l’effondrement de la biodiversité.

Le changement d’usage des sols. Le retour des pâturages à la broussaille. L’agriculture et la foresterie intensives. Les changements climatiques. L’urbanisation. La construction d’infrastructures. Les activités minières. Voici les fléaux qui guettent les sols de notre planète, martyrisés par des activités qui font non seulement dépérir la biodiversité mondiale, mais aussi souffrir quelque 3,2 milliards d’êtres humains. «La perte des services écosystémiques, à travers la dégradation du sol, a atteint des niveaux élevés dans de nombreux endroits du monde, dont les effets négatifs hypothèquent les capacités humaines à s’en sortir», écrivent les scientifiques rassemblés sous l’égide de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), réunie en session plénière toute la semaine à Medellin (Colombie).

De 50 à 700 millions de déplacés

D’après l’étude qu’ils viennent de publier, ce sont quelque 50 à 700 millions de personnes qui devront migrer à la recherche de sols arables d’ici 2050, pour pouvoir continuer à se nourrir. Une fourchette très large, dont la projection la plus optimiste impliquerait «vraiment d'avoir des pratiques agricoles et forestières plus durables, de minimiser le changement climatique par une économie à faible teneur en carbone», a expliqué Robert Watson, le président de l'IPBES.

Forêts tropicales saccagées

Il ne resterait plus qu’environ un quart du globe présentant une terre vivante, en bonne santé. Même les forêts tropicales, jusqu’ici épargnées car difficilement accessibles, ne sont plus des sanctuaires: «Nous y construisons des routes, nous y introduisons de l'agriculture», a souligné Robert Scholes, l'un des co-auteurs du rapport. Un drame également pour la qualité des eaux, les ressources en énergie (biomasse notamment) et, bien sûr, les populations d’espèces sauvages, tant animales que végétales. «Eviter, réduire et faire marche arrière sur ce problème, ainsi que restaurer les terres dégradées, sont une priorité urgente pour protéger la biodiversité et les services écosystémiques qui sont vitaux à toute vie sur Terre et pour permettre le bien-être», a plaidé Luca Montanarella, un autre co-auteur du rapport.

Facteur de guerre

Cette complexe démarche pourrait, à elle seule, permettre d’engranger plus d'un tiers des activités d'atténuation des gaz à effet de serre les plus efficaces d'ici 2030 pour maintenir le réchauffement climatique sous le seuil de 2°C prévu par l'Accord de Paris sur le changement climatique, augmenter la sécurité en matière hydrique et alimentaire et contribuer à éviter les conflits et les migrations. Car la détérioration des sols est aussi un facteur de guerres: «La diminution de productivité des sols rend les sociétés plus vulnérables à l'instabilité sociale, en particulier dans les régions sèches, où des années de très faibles précipitations ont été associées à une hausse des conflits violents allant jusqu'à 45%», soulignent les chercheurs.  

Tous végétariens?

L’ultra-consommation est le carburant principal de cette consommation de terres fertiles, à coup de fertilisants et d’intrants chimiques, dont la consommation -selon les projections- pourrait doubler d’ici 2050. Une augmentation des régimes à base de plantes, alliée à une réduction drastique de la consommation de viande issue de productions non soutenables, ainsi que la réduction des pertes et du gaspillage alimentaire pourraient limiter l’expansion de l’agriculture. Une position déjà poussée par de multiples institutions internationales.

Agir vite

Les solutions existent-elles donc? Oui, à condition d’agir vite. Les bénéfices à en retirer seront 10 fois supérieurs aux coûts qu’impliquent les actions à mettre en œuvre pour restaurer les sols, assurent les chercheurs. «Le déploiement complet des mesures qui ont fait leur preuve pour arrêter et renverser la dégradation des sols n’est pas seulement vital pour assurer la sécurité alimentaire, réduire le changement climatique et protéger la biodiversité, prévient Luca Montanarella. C’est également prudent économiquement et de plus en plus urgent.»

 

 



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