Le Conseil d’Etat suspend les travaux du contournement de Beynac

Le 02 janvier 2019 par Stéphanie Senet
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Coup d'arrêt à la déviation, sa route et ses deux ponts
Coup d'arrêt à la déviation, sa route et ses deux ponts

 

Suivant les conclusions du rapporteur public, le Conseil d’Etat n’a pas reconnu d’intérêt public majeur le projet de contournement routier de Beynac, près de Sarlat (Dordogne). Les travaux sont suspendus.

Les associations de protection de l’environnement et de défense du patrimoine ont obtenu gain de cause. La plus haute juridiction administrative juge qu’il existe un doute sérieux quant à la légalité de l’autorisation accordée par le préfet de la Dordogne, celle-ci ne répondant pas à «un intérêt public majeur».

Délivré le 29 janvier 2018, l’arrêté préfectoral avait donné le coup d’envoi des travaux de construction d’une déviation routière de 3,2 kilomètres et de deux ponts autour du village de Beynac-et-Cazenac, dans l’une des plus belles vallées du Périgord noir. Dans deux ordonnances rendues en avril, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux avait refusé de les suspendre. Ce pourquoi les associations Sepanso Dordogne, Sauvons la vallée de la Dordogne et La demeure historique avaient saisi le Conseil d’Etat.

 

Un bénéfice «limité»

Dans un arrêt du 28 décembre, les magistrats du Palais-Royal estiment que si la déviation –constituée par deux ponts sur la Dordogne et une route sur l’autre rive– vise à réduire le trafic dans le centre du village pendant la saison estivale, «son bénéfice apparaît limité». Tout d’abord parce que la circulation automobile est essentiellement due au nombre important de touristes qui se rendent dans cette commune (l’une des plus belles de France) pour la visiter. Ensuite parce que des travaux d’élargissement de la voie existante ont déjà permis de réduire son encombrement. 

 

129 espèces affectées

Le Conseil d’Etat rappelle que la destruction d’espèces animales ou végétales, et de leurs habitats, ne peut se justifier que par «une raison impérative d’intérêt public majeur». Ce qui n’est pas le cas de ce projet de déviation, qui affecte «4 espèces de mammifères semi aquatiques et terrestres, 19 espèces de chiroptères, 92 espèces d’oiseaux, 9 espèces de reptiles et amphibiens, 4 espèces d’insectes et une espèce de poisson».

Outre la suspension des travaux, la plus haute juridiction administrative condamne l’Etat à verser 1.500 euros à Sepanso Dordogne et à Sauvons la vallée de la Dordogne et 3.000 € à La demeure historique.

 

Affaire à suivre

L’affaire doit encore être jugée sur le fond par le tribunal administratif, mais l’avocat du collectif de défense de la vallée de la Dordogne reste confiant. «Il est impensable que le tribunal administratif ne suive pas l’avis du Conseil d’Etat», a affirmé Jean-Philippe Maginot, pour qui le projet semble «définitivement enterré».

Au contraire, le conseil départemental –à l’origine du projet– estime qu’il s’agit d’une décision aux conséquences «funestes» et «catastrophiques», impliquant «la persistance d’une circulation de véhicules à fort gabarit qui vont continuer à polluer, abîmer et nuire à la sécurité de ce magnifique village». Très sceptique quant à l’intérêt du contournement, le maire de Beynac Alain Passerieux regrette pour sa part que l’argent public soit «dilapidé». «Il va falloir rembourser les entreprises et remettre le site en état», a-t-il déclaré, alors que les travaux se poursuivaient encore à la veille de la décision du Conseil d’Etat.

 



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