Le climat réchauffe le risque des feux géants

Le 22 août 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En orange, les zones à risque actuelles.
En orange, les zones à risque actuelles.
CGDD

Réchauffement climatique oblige, les pompiers vont devoir apprendre à lutter contre des incendies plus nombreux et plus puissants que ceux qu’ils combattent chaque été. Hélas, il n’est pas certain que les moyens suivent. D’où l’idée de mutualiser, à l’échelle européenne, la gestion des bombardiers d’eau.

Alors que le front français des incendies estivaux s’avère relativement calme, les pompiers réfléchissent à l’avenir. Il y a quelques semaines, ils ont d’ailleurs ouvert leur cercle de réflexion (think tank), l’institut français de sécurité civile, qui vient de publier un opuscule sur la coopération européenne en matière de feux de forêt. Une coopération qui n’est pas des plus efficaces. Car, 20 ans après la proposition de constituer une flotte communautaire d’avions bombardiers d’eau, le projet n’a toujours pas décollé. Navrant, si l’on songe que l’Espagne, le Portugal ou la Grèce font régulièrement appel aux Canadair français pour pallier l’insuffisance de leurs moyens.

Plus longue, la saison des incendies

Le document ouvre aussi quelques perspectives d’avenir. Et notamment l’extension des zones à risque, consécutive au réchauffement climatique. «Selon les spécialistes, si aujourd’hui on ne peut pas encore constater de véritables corrélations dans l’évolution des feux, leur fréquence et leur gravité devraient s’accentuer. Ces mêmes spécialistes pensent qu’en 2040, la durée de la saison des incendies sera augmentée de 40%», estiment les 5 officiers, rédacteurs de la note. Cette conclusion est d’ailleurs partagée par d’autres spécialistes des feux de forêt. Une étude, publiée en 2010 par la société écologique américaine, montre une élévation du risque d’incendie au cours du XXIe siècle dans la plupart des régions du monde, à l’exception de la bande tropicale.

Le Morbihan, département à risque?

Actuellement, ajoutent les pompiers tricolores, «32 départements sont classés à risque incendie. De nouveaux pourraient s’ajouter à la liste». A commencer par le Morbihan. Lors de la canicule de 1976, le département breton avait vu partir en fumée 8.000 hectares de forêt et de lande. Selon un rapport du Commissariat général au développement durable de 2011, la surface métropolitaine sensible aux feux de forêt pourrait passer de 5,5 Mha en 2008, à 7 Mha en 2040.

Alerte aux feux géants

Tout aussi inquiétant, les pompiers français n’excluent plus, désormais, la possibilité de devoir combattre des feux de grande dimension. «L’année 2003 rappelle que les incendies peuvent parcourir de longues distances et qu’ils finissent souvent leur course sur le littoral. L’extension de la forêt et le déploiement urbain pourraient nous faire connaître des feux de grande ampleur avec des incendies pouvant dépasser les 30.000 ha.» Pour mémoire, les 6.000 foyers recensés, en moyenne, chaque année, détruisent environ 25.000 ha. Les trois quarts des sinistres se déroulent en Corse, en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Aquitaine.

Un constat international

A l’étranger, l’impact climatique sur les feux de forêt est pris au sérieux. Le ministère canadien des ressources naturelles estime que la superficie de forêts boréales brûlées pourrait doubler au cours des prochaines décennies, en raison de l’évolution annoncée du taux d’humidité des combustibles, de la température, des précipitations et du type de végétation. Plus au sud, le service de gestion des forêts américaines, qui se base sur le dernier rapport du Giec (paru en 2007) est exactement sur la même longueur d’onde que les autorités canadiennes. Dans l’hémisphère sud, les projections sont comparables. Une étude du CSIRO (l’équivalent du Centre national de la recherche scientifique -CNRS), publiée le 29 juillet dernier, estime que les risques de feux de forêt et du bush devraient s’accroître de 4 à 25% d’ici 2020 et de 15 à 70% d’ici 2050. Dans la région de Canberra, le nombre de jours à grands risques devrait passer de 23, aujourd’hui, à 29 jours par an, en 2020.

Des avions à bout de souffle

L’équation réchauffement = feux plus nombreux et plus puissants étant connue, reste à savoir si les soldats du feu disposent des moyens adéquats pour la résoudre. Pas sûr. En France, la forêt connaît une période de répit depuis une dizaine d’années. «On a l’impression, souligne le colonel Robert Bardo, directeur général de l’Entente pour la forêt méditerranéenne, que les politiques réagissent en fonction du factuel.» Une accalmie, c’est donc moins de besoins à couvrir par le ministère de l’intérieur. Or la flotte française de bombardiers d’eau commence à tirer la langue.

Les 12 Canadair, les 9 Tracker et les 2 Dash de la Sécurité civile affichent de (trop?) nombreuses heures de vol à leur actif. Et doivent être remplacés dans les prochaines années. Crise budgétaire oblige, un tel investissement, estimé à plus de 300 millions d’euros, n’est pas à l’ordre du jour. D’où l’idée, reprise par Robert Bardo, de mutualiser les moyens aériens, à l’échelon méditerranéen. «L’apparition annoncée des feux catastrophes et la réduction des moyens militent pour sortir du cadre national», reprend le colonel. D’autant qu’il est rare que des feux géants frappent, en même temps, les massifs grecs, italiens, espagnols et français.



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