Le climat pourrait perdre la banane

Le 02 septembre 2019 par Romain Loury
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La banane sud-américaine, victime du réchauffement
La banane sud-américaine, victime du réchauffement
David Bebber

Depuis les années 1960, le changement climatique a, globalement, été très favorable à la production mondiale de bananes. La donne pourrait changer dans plusieurs régions productrices, en particulier l’Inde et l’Amérique latine, révèle une étude publiée lundi 2 septembre dans la revue Nature Climate Change.

Si les effets du réchauffement sur la culture de céréales ont fait l’objet de nombreuses études, pour la plupart alarmantes, son impact sur d’autres grandes cultures demeure assez peu connu. En septembre 2017, une étude révélait ainsi qu’entre 73% et 88% des terres où le café est actuellement cultivé, en Amérique du Sud, pourraient devenir impropres à cette culture.

Premier fruit consommé dans le monde

La situation semble aussi inquiétante pour la banane, premier fruit consommé à travers le monde, et qui fait partie du «top ten des cultures mondiales en termes de surface cultivée, de production et de calories consommées», rappellent Varun Varma et Daniel Bebber, biologistes à l’université d’Exeter (Royaume-Uni). En cause, le fait que la température pourrait graduellement s’éloigner de l’optimum.

Les chercheurs ont analysé, au sein de 27 grands pays producteurs (soit 86% de la production mondiale), la hausse thermique attendue d’ici à 2050 selon deux types de scénarios climatiques définis par le Giec[i]: les RCP4.5 et les RCP8.5, qui prévoient respectivement une hausse moyenne de 1,4°C et 2°C sur la période 2046-2065, par rapport à 1986-2005. Ils les ont comparés à la température optimale de production de la banane, qui diffère d’un pays à l’autre.

Les résultats montrent que le réchauffement a pour l’instant eu des effets positifs dans tous les pays, avec une hausse globale du rendement de 1,37 tonne par hectare depuis 1960. Six pays font exception: le Kenya et la Colombie (pas d’effet notable), le Brésil, la Malaisie, l’Indonésie et les Philippines, dont l’évolution climatique entre 1960 et 2016 a freiné la production. Pour ces deux derniers pays, la production s’est tout de même accrue, du fait d’améliorations technologiques –ces innovations n’ont pas suffi au Brésil et en Malaisie, dont les rendements diminuent.

Dix pays perdants au réchauffement

Toujours en raison du réchauffement, la productivité mondiale pourrait continuer à s’accroître d’ici à 2050, mais de manière beaucoup moins prononcée: de +0,59 tonne/hectare pour les scénarios RCP4.5, et de +0,19 tonne/hectare pour les scénarios RCP8.5, par rapport à la période 1970-2000. Mais au lieu de quatre pays, ce sont dix pays qui connaîtront désormais les effets délétères du climat.

Parmi eux, cinq pays d’Amérique latine, à savoir la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, le Nicaragua et le Panama. Quant à l’Inde, dont la production bananière a jusqu’alors été très favorisée par le climat, elle devrait connaître la plus forte chute de rendement, de l’ordre de -7 tonnes par hectare d’ici à 2050 pour les scénarios RCP8.5.

Afrique, Equateur et Equateur seront gagnants

Fait méconnu, l’Inde constitue, et de loin, le plus grand producteur mondial de bananes (29,1 millions de tonnes en 2016), dont elle n’exporte que 0,4% -le plus grand exportateur est l’Equateur. Ce dernier, de même que le Honduras et dix pays africains, devraient au contraire voir leurs rendements s’accroître, affirment les chercheurs.

Outre qu’elle entraînera probablement une réorganisation du marché mondial, cette évolution pourrait fragiliser la sécurité alimentaire de nombreux pays, où la banane constitue un apport calorique important. Selon les chercheurs, d’autres facteurs liés au réchauffement restent à prendre en compte, au-delà de la température moyenne: le risque d’évènements climatiques extrêmes (sécheresses et chaleurs extrêmes, ouragans, etc.), le niveau des précipitations, mais aussi le risque de maladies et d’insectes ravageurs.



[i] Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat

 



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