Le climat menace les infrastructures de transport

Le 26 février 2020 par Victor Miget
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Les infrastructures de transports de Méditerranée sont exposées aux changements climatiques.
Les infrastructures de transports de Méditerranée sont exposées aux changements climatiques.

Une étude de la Commission économique pour l’Europe des Nations Unies (CEE-ONU) pointe du doigt les impacts du réchauffement sur les infrastructures de transport. Les experts invitent les pays européens à se saisir du problème.  

 

Un scénario digne de Michael Bay. Les perturbations climatiques à moyen et à long terme auront de forts impacts sur les réseaux et nœuds de transports. Entraînant de graves conséquences économiques. Voilà en substance ce que conclu une étude de la Commission économique pour l’Europe des Nations Unies (CEE-ONU).

Le groupe d'experts a analysé les effets du changement climatique sur les principales infrastructures de transport de l’Union européenne. Pour la première fois, une étude a cartographié les zones clés des principaux réseaux et nœuds de transport intérieur, où les risques climatiques sont les plus importants. Une première étape vers des analyses plus poussées.

Les risques 

Les experts mettent en lumière un nombre de menaces plutôt important. Les inondations dues aux fortes précipitations et aux tempêtes extrêmes, associées à des impacts connexes, comme des glissements de terrain et des ruptures de pente, toucheront «tous les modes de transport (infrastructures routières et aéroportuaires, ferroviaires et fluviales)». L’étude invite à pousser l’analyse des risques sur des zones comme les réseaux ferroviaires et les zones les plus peuplées et les plus développées économiquement. Et ce, notamment dans les bassins des principaux fleuves: Danube, Rhin, Elbe, Pô, Dniepr, ou la Volga.

Autre menace: l'élévation du niveau de la mer et l'érosion qui fragilisent les routes côtières, les chemins de fer, les ports maritimes et les aéroports. «Plus de 60% des ports maritimes de l'UE pourraient être exposés à un risque d'inondation élevé d'ici 2100, entraînant des perturbations des opérations et des dommages aux infrastructures portuaires et aux navires». Un risque d’autant plus préoccupant sur les côtes de la mer du Nord. 500 ports y regroupent 15% du trafic mondial de marchandise.  

La hausse des températures, les vagues de chaleur, les étés secs et chauds entraîneront aussi leurs lots de catastrophes comme des glissements de terrain. «Les domaines considérés comme particulièrement dignes d'une analyse plus détaillée comprennent les routes dans le sud de l'Europe (sud-est de la France, Italie, Balkans occidentaux, Portugal, Espagne, Grèce, Turquie) ainsi que dans les pays nordiques (Norvège, Suède et Finlande)», précise les experts. 

Des coûts exorbitants

Le problème est d’autant plus inquiétant que l’addition pourrait bien être plus salée que l’eau de mer. Au Royaume-Uni, les coûts annuels liés aux précipitations / inondations extrêmes notamment ont été estimés à 50 millions de livres sterling en 2010, et «pourraient augmenter jusqu'à 500 millions de livres sterling d'ici les années 2040», alertent les experts. A l’échelle de l'Union européenne, les coûts futurs, ne serait-ce que pour la protection des ponts contre les inondations, ont été estimés à plus de 500 millions d'euros… par an.

S’adapter

«La majeure partie des infrastructures de transport dans la région (en Europe ndlr) a été conçue pour le climat du XXe siècle et a fait l'objet de faibles investissements publics au cours des dernières décennies». D’où l’intérêt de cartographier précisément les points de vulnérabilité. Afin de «justifier une évaluation plus approfondie, offrant un outil qui aidera à hiérarchiser les efforts d'adaptation». Les experts recommandent aux administrations publiques de mettre à disposition des données géographiques concernant leurs réseaux et nœuds de transport. En particulier ceux revêtant une importance internationale.

Pourraient s’en suivre des travaux analytiques qui conduiraient à la révision ou à la mise à jour des «spécifications techniques minimales pour la construction des infrastructures de transport couvertes par les 4 accords des Nations Unies sur les infrastructures de transport administrés par la CEE-ONU».

En l’occurrence, l'Accord européen sur les grandes routes de circulation internationale (AGR); l'Accord européen sur les grandes lignes internationales de chemin de fer (AGC); l'Accord européen sur les principales voies navigables d'importance internationale (AGN); et l'Accord européen sur les grandes lignes de transport international combiné et les installations connexes (AGTC).