Le climat chinois en plein brouillard

Le 25 mai 2020 par Volodia Opritchnik
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Fait nouveau: on pouvait venir masqué à l'assemblée du peuple.
Fait nouveau: on pouvait venir masqué à l'assemblée du peuple.
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Pour la première fois, le gouvernement chinois se refuse à publier ses prospectives économiques pour l’année. Un répit pour l’environnement?

Corinne Le Quéré rappelait avec raison que la baisse d’émission de gaz à effet de serre (GES) imputable à la pandémie de Covid-19 risquait de n’être qu’un feu de paille. Dans un papier collectif, la climatologue de l’université d’East Anglia estimait, la semaine passée, que le bilan carbone mondial pourrait reculer de 4 à 7% par rapport à l’an passé. Mais, faute de restructuration de l’économie, un bond des rejets de GES devait être anticipé l’an prochain.

pas d'objectif est un bon objectif

Ce n’est pas le gouvernement chinois qui contredira la présidente du Haut conseil français pour le climat (HCC). Vendredi 22 mai, le premier ministre de l’empire du Milieu, Li Keqiang, présentait les perspectives de l’économie chinoise pour 2020.

Habituellement, le chef du gouvernement profite de cette rencontre annuelle avec les 3.000 délégués du PC chinois pour annoncer le rythme de croissance pour l’année. Ça n’a pas été le cas, cette fois-ci : une première ! «N'avoir aucun objectif spécifique est un bon objectif», a sobrement commenté l’agence de presse officielle Xinhua. L’an passé, le PNB chinois a progressé d’environ 6%. Selon des calculs du Fonds monétaire international, la croissance du géant asiatique pourrait se limiter à 1%, cette année.

Pékin, d’ailleurs, étonne par la modestie de son plan de soutien : 3.600 milliards de yuans (462 Md€) ont été annoncés, soit 7 fois moins que les Etats-Unis. Selon toute vraisemblance, la priorité du gouvernement chinois n’est pas de soutenir l’économie à coups de grands travaux d’infrastructures, mais de limiter la casse sociale.

créer 9 millions d'emplois

Li Keqianga promis la création de 9 millions d’emplois et de stabiliser l’inflation à 3%. Mais la partie la plus délicate de son plan post-Covid sera de maintenir en activité les 300 millions de migrants intérieurs, qui quittent les campagnes pour trouver du travail dans les zones industrielles urbaines. Un quart d’entre eux auraient déjà perdu leur emploi depuis le début de l’épidémie. Autre priorité : les dépenses militaires. Avec un budget de 1.270 milliards de yuans (163 Md€), celles-ci devraient croître d’environ 6%, contre 7% en 2019.

Pareil ralentissement de l’activité économique du premier émetteur mondial de gaz à effet de serre sera-t-il bénéfique à l’environnement? Tout dépend, sans doute, de la focale de l’objectif avec lequel on ausculte le pays.

en attendant le 14e plan quinquennal

Localement, le redémarrage des industries est déjà perceptible. Les teneurs dans l’air des métropoles en ozone, oxydes d’azote et de particules fines a fortement progressé entre les mois d’avril et mai, s’alarme le centre pour la recherche sur l a pollution de l’air et l’énergie (CREA). Les niveaux observés l’an passé sont d’ores et déjà dépassés

Il ne faut sans doute pas trop s’attarder sur ces chiffres. Car, désormais seule compte la publication du prochain plan quinquennal (2021-2025). Annoncé prochainement, il fixera des objectifs en matière d’énergies décarbonées et de dépollution des sols. Sans pour autant interdire la construction de nouvelles centrales à charbon.