Le classement du perchloroéthylène en question

Le 18 novembre 2005 par Claire Avignon
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Les experts européens pourraient faire évoluer le classement des effets sur la santé humaine du perchloroéthylène, utilisé principalement dans les pressings, à hauteur de 11.000 tonnes en 2004 en France. Pourtant, les risques liés à ce produit apparaissent de mieux en mieux maîtrisés.

Le perchloroéthylène doit-il continuer à être utilisé dans les pressings? C'est la question à laquelle doit peu ou prou répondre le Bureau européen des substances chimiques (dont l'acronyme anglais est ECB). En effet, en classant un produit en catégorie 1 ou 2, qu'il soit cancérogène, mutagène ou reprotoxique, l'obligation de substitution devient automatique lorsque c'est techniquement possible, et d'autres mesures doivent être prises, qu'il s'agisse de limiter les travailleurs exposés, ou d'assurer un suivi médical.

Or, le perchloroéthylène apparaît comme un candidat sérieux à la fois comme cancérogène et reprotoxique. Outre le fait d'être toxique pour les organismes aquatiques (R51/53), le solvant est déjà classé cancérogène de catégorie 3 (R40), c'est-à-dire que son effet sur la santé est suspecté mais que les preuves restent insuffisantes. Lors du dernier vote du groupe de travail classification/étiquetage de l'ECB, où sont représentés les différents Etats membres de l'Union européenne, «le sujet a été très discuté. La moitié des spécialistes a voulu classer la substance en catégorie 1 ou 2, et l'autre en catégorie 3», explique Christine Breton, médecin du travail à la Caisse régionale d'assurance maladie d'Ile-de-France (Cramif). Finalement, la 29e adaptation au progrès technique (directive 2004/73/CE) de la directive 67/548/CE n'a pas modifié l'étiquetage du perchloroéthylène.

L'autre point sur lequel les experts européens n'ont pas pu trancher, malgré un rapport de la Grande-Bretagne le recommandant, concerne la classification en substance toxique pour le développement. «Le cas est atypique, explique Christine Boust, ingénieur chimiste à l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Une étude allemande a prouvé que des femmes travaillant dans un pressing et exposées à de fortes doses de ce solvant ont été victimes d'avortements spontanés. Mais, peut-être à cause des différences entre espèces, ces résultats n'ont pour l'instant pas été reproduits sur les animaux.» D'autres risques ont par ailleurs été identifiés par des études épidémiologiques, notamment la baisse de fertilité des hommes. «Il est difficile d'interpréter ces résultats car les employés des pressings sont soumis à des contraintes physiques dont il faut tenir compte», nuance Christine Breton. Au final, il apparaît possible que la 30e adaptation au progrès technique classe la substance reprotoxique de catégorie 2 (R61), selon l'INRS. Ce qui devrait obliger les exploitants de pressing à aller vers des substances de substitution.

Mais cette modification pose question. Car les études ont été réalisées sur des travailleurs utilisant des machines à circuit ouvert. Or, à l'heure actuelle, on estime que les machines fonctionnant à circuit fermé représentent la grande majorité des machines en fonctionnement en France. L'exposition des travailleurs a donc largement diminué. Des progrès ont aussi été réalisés dans la sensibilisation du personnel, avec la publication par la Cramif et l'Agence européenne pour la sécurité et la santé des travailleurs (Osha en anglais), d'un guide et d'une brochure sur l'amélioration de la prévention des risques professionnels. Par ailleurs, avec l'aide du Conseil français de l'entretien des textiles (Cfet), l'Agence de l'eau Seine-Normandie aide financièrement les exploitants de pressing à se procurer du matériel plus performant.

D'autre part, l'alternative au produit chloré n'est pas non plus dénuée de risque. Les solvants à base d'hydrocarbures (HC) sont inflammables. Leur généralisation conduirait donc à un autre type de risque. Le système d'aquanettoyage (différent des machines à laver traditionnelles) fonctionne certes à l'eau, mais des produits chimiques y sont présents. D'une manière générale, substituer le perchloroéthylène entraînerait une hausse des coûts pour les exploitants et donc une hausse des tarifs pour les clients, alors que la profession connaît de grandes difficultés économiques. «Dans les pays scandinaves, les consommateurs donnent la priorité à la protection de la santé et de l'environnement, indique Jean-Louis Laurent, chargé de mission et formateur au Cfet. Ils n'hésitent donc pas à payer davantage. En France, même si les mentalités évoluent, la rapidité et les prix bas restent les priorités.»




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