Le chêne, l’arbre qui cache des forêts mal exploitées

Le 06 février 2018 par Marine Jobert
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Le chêne aiguise les appétits mondiaux.
Le chêne aiguise les appétits mondiaux.

Les scieries appellent Emmanuel Macron à l’aide. Dans un contexte de forte demande, le chêne vient à manquer. La faute aux Chinois? Aux propriétaires privés? A un Etat sans vision stratégique pour ses forêts? Décryptage.

Péril jaune sur l’or vert? Il a été beaucoup question de la Chine et de son appétence pour le bois français en général, et le chêne en particulier, lors d’une conférence de presse organisée ce 6 février par la Fédération nationale du bois (FNB). Entre 25 et 30% de cette essence serait en effet chargée dans les ports belges et néerlandais, selon des chiffres acquis auprès des douanes chinoises. Direction les scieries et autres transformateurs de l’Empire du Milieu, quitte à nous revenir sous forme de meubles et de parquets. «Ils peuvent nous tuer!, s’insurge Philippe Siat, le président de la FNB. Bien sûr nous sommes des libéraux, mais nous demandons un tout petit peu de protection. Il s’agit avant tout de sauvegarder notre industrie.»

«Pour moi, c’est le bois.» L’interprofession lance une vaste opération de communication, pensée sur trois ans, pour augmenter la consommation de bois en France. Dotée d’un budget de 10 millions d’euros, elle va décliner le bois dans la construction, dans les aménagements intérieurs et extérieurs, comme combustible, dans la ville en aménagements urbains, etc… Peu de communication est prévue en lien avec la récolte du bois.

La France fait le marché

Car les scieurs l’assurent: si l’Etat ne fait pas suite à ses demandes dans les trois mois qui viennent, la filière va mourir. «La hausse des prix, causée par les exportations, ne me permet pas d’honorer mes contrats», témoigne Valérie Deschazeaux, présidente d’une scierie en Haute-Saône -laquelle fournit notamment la SNCF en traverses. Pourtant, tempère David Chavot, scieur en Bourgogne, «il est faux de dire que c’est la Chine qui fait le marché, puisque c’est nous qui achetons 75% du marché. Ce n’est pas un problème de prix, mais de disponibilité de la matière première». La Chine, l’arbre qui cache la forêt?

La forêt publique produit moins

Le problème principal n’est pas nouveau: la forêt privée (50% du volume coupé) ne sort pas assez de chêne, et d’arbres en général, pour honorer des carnets de commande pourtant pleins. Globalement, les récoltes ont baissé de 17% en 10 ans, quand le prix a grimpé de 65% sur la même période. «Et on ne peut pas s’attendre à une hausse de la production, qui est déjà au maximum de ce que les forestiers peuvent proposer», précise Nicolas Douzain, le délégué général de la FNB.

Pire, l’Office national des forêts (ONF) va annoncer dans les prochains jours une diminution de 150.000 mètres cubes de ses coupes de chêne à horizon 2020 (pour des exportations passées de 50.000 à 500.000 m3 entre 2007 et 2017), qui sera à peine compensée par la forêt privée. Et des doutes forts existent sur les volumes réellement mobilisables dans les forêts françaises, au point que ceux-ci sont en cours de réévaluation en région Bourgogne dans le cadre de l’inventaire forestier national géré par l’institut national de l’information géographique et forestière (IGN).

Qui a peur du «bien-être végétal» et des «ONG hostiles»? Le Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) a listé les menaces qui pourraient torpiller la politique gouvernementale de soutien à l’interprofession. «La campagne a-t-elle suffisamment pris en compte l'acceptabilité sociétale des coupes d'arbres et des travaux forestiers?», s’interrogent les hauts fonctionnaires, qui préconisent de «réhabiliter le recours à des rites symboliques avant l'abattage d'arbres, dans une version contemporaine à imaginer» (sic). Un document qui a hérissé bon nombre d’ONG de protection de l’environnement.

L’oreille d’Emmanuel Macron

Alors, d’où peut venir le salut? D’Emmanuel Macron, veut croire la FNB, qui lance un appel au président de la République. «Nous payons la TVA, nous payons nos taxes locales, nous payons des contributions pour le développement de la forêt, de la matière bois, pour la recherche», argumentent-ils. Ce qui n’est pas le cas des Chinois, donc, qui profitent indirectement des exemptions fiscales et autres aides aux dessertes que l’Etat accorde aux propriétaires privés pour les inciter à couper. La solution, croient les professionnels de l’aval, peut reposer sur le ‘label UE’, lancé il y a deux ans pour les forêts publiques. Son objectif: donner la priorité aux ventes aux entreprises qui garantissent une première transformation en Europe. Les effets en ont été bénéfiques, assure la filière, avec une hausse de prix et des exportations de produits à valeur ajoutée, et des emplois sauvegardés. Et ce malgré des cas avérés de fraudes, que la filière entend réparer en intensifiant les contrôles. «Nous ne sommes pas en guerre contre la forêt privée, ce sont nos fournisseurs, explique David Chavot. Mais il faudrait que les grandes institutions, les banques et les coopératives qui possèdent des peuplements soient obligés par l’Etat d’adhérer à ce label.» Un message en direction de la Caisse des dépôts et consignation, le Crédit agricole, Groupama ou la coopérative Forêt & Bois de l’Est. Quitte à brandir la menace du conditionnement des aides aujourd’hui accordées à la forêt privée à cette adhésion au label: «Ces aides ont été mises en place pour développer la mobilisation du bois, il ne faut donc pas les supprimer, mais bien les conditionner», précise le scieur bourguignon.

Des mesures de protectionnisme

Autre mesure d’urgence demandée par la FNB: que l’Etat instaure des quotas d’exportation par essence et qualité, parallèlement à un registre des exportateurs et à une traçabilité. «La régulation est le seul paramètre viable de court terme.» Et de faire valoir que 180 pays ont mis en œuvre des mesures protectionnistes, avec des quotas aux Etats-Unis, une taxation en Russie, une interdiction absolue en Ukraine ou des réserves de volumes par Land en Allemagne. Par quels mécanismes? La FNB sèche pour décrire le mécanisme qui pourrait être soufflé à l’oreille des conseillers du président. Les scieurs et transformateurs de chêne attendent désormais l’appel d’Emmanuel Macron, «car chaque jour compte pour les scieries françaises».



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