Le chat, dangereux prédateur?

Le 26 août 2015 par Romain Loury
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Les rongeurs, prise de choix
Les rongeurs, prise de choix
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Pour la première fois en France, une étude participative va s’intéresser à l’impact des chats domestiques sur la faune sauvage. Selon des travaux menés dans d’autres pays, leur effet serait loin d’être négligeable.

En France, Felis silvestris catus se porte bien: sans compter les chats errants, une étude publiée en mai par TNS Sofres en recense 12,7 millions dans le pays, soit 11% de plus en deux ans. Longtemps animaux préférés des Français, les chiens ne sont plus que 7,3 millions, en baisse de 2% par an.

Pour Roman Pavisse, chercheur doctorant au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN, Paris), cet engouement «répond à de nouveaux modes de consommation, le propriétaire cherchant plus de liberté et d’autonomie, moins d’engagement».

Or le chat ne se contente pas toujours de manger ses croquettes: chasseur invétéré, il pourrait avoir un impact important sur la petite faune sauvage, en particulier les rongeurs et les petits oiseaux, mais aussi les lézards et les amphibiens.

Au Royaume-Uni, une étude de 2003 estimait que les 9 millions de chats du pays avaient tué 57 millions de mammifères et 27 millions d’oiseaux sur la période évaluée, d’avril à octobre 1997. Et aux Etats-Unis, pays où de nombreux chats sont retournés à l’état sauvage, le bilan annuel pourrait atteindre jusqu’à 20,7 milliards de mammifères et 3,7 milliards d’oiseaux par an!

Ce qui en ferait, pour la faune sauvage, la première cause de mortalité d’origine anthropique, avançaient les auteurs. En Suisse, des sociétés de protection des animaux s’inquiètent aussi de la population féline, allant jusqu’à prôner une politique du chat unique, voire un couvre-feu nocturne.

Le chat, chasseur méconnu

Qu’en est-il en France? Pour Roman Pavisse, «si la nature se porte mal en France, ce n’est probablement pas à cause du chat». On en sait toutefois très peu sur cette prédation, raison pour laquelle le chercheur a lancé cet été la première étude française sur le sujet, de nature participative, en collaboration avec la Société française pour la protection et l’étude des mammifères (SFEPM) et épaulée par d’autres associations, dont la Ligue de protection des oiseaux (LPO).

Pour cela, les chercheurs ont mis en place un site internet visant à recueillir les témoignages de volontaires. Deux possibilités s’offrent à eux: des observations ponctuelles, par un accès visiteur, pour les personnes ne disposant pas de chat ou n’effectuant pas de suivi régulier des captures de leur animal; un suivi régulier, avec création de compte pour un chat déterminé et détail des captures.

Lancée il y a tout juste un mois, l’étude, intitulée «Chat domestique et biodiversité», connaît un bon lancement: «nous espérons disposer de plusieurs centaines, voire plusieurs milliers, de chats, avec des dizaines de milliers d’observations de captures. Pour l’instant, nous en sommes à un peu moins d’un millier de chats, dont 300 à 350 en suivi régulier, pour environ 3.000 observations de captures», explique Roman Pavisse.

Quel impact sur les espèces proies?

Sur la base de ces données, les chercheurs comptent déterminer si la présence du chat constitue une menace pour ses espèces proies, «en récoltant un maximum de données sur leurs effectifs, la dynamique de leur population», ajoute Roman Pavisse. Une lacune manifeste des études menées à ce jour, notamment aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, qui se contentent de livrer des chiffres bruts d’animaux tués.

L’équipe du MNHN espère par ailleurs déterminer quels facteurs influencent le comportement de prédation, notamment si le chat vit en ville ou à la campagne, quelle est sa marge d’autonomie, dans quelle mesure il est nourri par son maître, s’il est stérilisé, etc.

Au terme de l’étude, les chercheurs, avec les associations impliquées dans le projet, comptent mener un travail de sensibilisation auprès des maîtres, afin de «promouvoir une vision du parc des animaux de compagnie rendue compatible avec la biodiversité, notamment dans les jardins et les zones périurbaines».



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