Le charbon américain est et restera polluant

Le 13 juin 2005 par Valéry Laramée, pour Enerpresse
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Testée depuis une dizaine d'années, la technologie des cycles combinés avec gazéification intégré a donné d'excellents résultats. Ce qui n'empêchera pas les électriciens américains de continuer à construire des centrales classiques. Au nom de la rentabilité à court terme.

Il y a une dizaine d'années, les États-Unis ont imaginé une solution leur permettant de continuer à produire l'essentiel de leur électricité à partir du charbon, tout en réduisant leurs émissions polluantes. Cette solution, les spécialistes la connaissent. Il s'agit des centrales à cycle combiné à gazéification intégrée (IGCC selon l'acronyme anglais). Une petite merveille de technologie qui permet de brûler du charbon ou du coke de pétrole tout en diminuant les émissions d'oxydes d'azote, de dioxyde de soufre, de mercure, et en consommant moins d'eau. Tout cela n'est pas resté sur les planches à dessin des ingénieurs.

Moyennant une aide fédérale -l'État s'est porté garant pour le quart du montant des emprunts, soit environ 143 millions de dollars-, Tampa Electric a mis à feu sa centrale de Polk, en 1996. Soit quatre ans avant que l'européenne Puertollano ne délivre ses premiers kilowattheures. La centrale floridienne n'a pas déçu ses concepteurs et ses exploitants. D'une capacité de 260 MW, l'installation rejette moitié moins de SO2 et de NOx, 95%de moins de mercure et consomme 40% de moins d'eau qu'une centrale de même capacité brûlant du charbon pulvérisé. De plus, son efficacité énergétique est de 15% supérieure à celle d'une centrale classique.

Enfin, et ce n'est pas inintéressant dans la période actuelle, l'IGCC se révèle plus adapté à la capture du dioxyde de carbone qu'une centrale thermique à flamme classique. Récemment interrogé sur la question par le New York Times, Edward Lowes, le monsieur «gazéification» de General ElectricEnergy, estime que la collecte duCO2 dans un IGCC renchérira le coût du kWh de 20%. Soit trois fois moins que dans une centrale classique. Au vu de telles performances, pourquoi les électriciens américains, pourtant récemment convertis à la lutte contre le changement climatique ne jurent-ils pas que par l'IGCC? Trop cher, tout simplement trop cher. Aussi séduisant soit-il, l'investissement dans un cycle combiné brûlant du charbon gazéifié coûte 20% plus cher que dans une cousine d'Emile Huchet. Un insupportable surcoût pour des électriciens privés jetés dans un univers de plus en plus concurrentiel. Alors que le retour d'expérience de Tampa Electric est plus que positif, 90% des centrales au charbon prévues ou en construction n'utilisent pas cette technologie.

Une tendance paradoxale et inquiétante. Paradoxale, car ce ne sont pas les aides publiques qui manquent. Voilà 20 ans que le Secrétariat à l'Énergie aide au développement de technologies permettant de réduire l'impact environnemental des centrales au charbon. «Un programme, expliquent les responsables du Département à l'Energie (DOE), qui a permis de tester avec succès plus de vingt technologies.»Le 14 février 2002, le Président Bush a promis de consacrer 2 milliards de dollars sur dix ans aux «clean coal technologies». Bref, l'argent ne manque pas. Inquiétantes, car le poids du charbon dans la production d'électricité américaine n'est pas près de diminuer. Selon l' Annual Energy Outlook 2005de l'Energy Information Administration (EIA), 55% du courant américain, en 2025, seront d'origine charbonnière (soit 2.890 milliards de kWh), contre 56% aujourd'hui (1.970 milliards de kWh).

Toutefois, pour répondre à la hausse de la demande (+1,9%/an en moyenne) et au remplacement de 43.000 MW au fioul et au gaz qui seront prochainement arrêtés, il faudra construire 281 000 MW de capacités nouvelles. Et les experts de l'EIA ne se font pas d'illusion. L'essentiel de ce nouveau parc sera constitué de centrales au gaz et au charbon. Des unités qui seront toujours là en 2050. Inquiétante enfin, car l'énergie est l'un des secteurs où les baisses d'émissions de carbone sont les plus rapides à obtenir, comparés au bâtiment ou au transport, par exemple. Toujours selon les prévisions de l'EIA, les centrales au charbon américaines émettront 2,6 milliards de tonnes de CO2, en 2025, (78% du secteur électrique), contre 1,9 milliard de tonnes en 2004 (82% du secteur). Or, si rien n'est fait, la mise en place d'un marché des quotas d'émissions -actuellement discutée au Congrès -coûtera cher aux électriciens d'outre-Atlantique qui ne se seront pas dotés des technologies les moins émettrices.




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