Le charançon rouge du palmier, implanté pour de bon

Le 20 décembre 2018 par Romain Loury
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Le charançon rouge du palmier
Le charançon rouge du palmier

Arrivé en France en 2006, le charançon rouge du palmier semble désormais impossible à éradiquer de la côte méditerranéenne, constate l’Anses dans un rapport publié mercredi 19 décembre. Il demeure toutefois possible de limiter son extension géographique par plusieurs techniques.

«Les invasions biologiques de ces dernières décennies en Europe montrent que leur contrôle a posteriori est souvent impossible et que les discours d’éradication sont des leurres», rappelle la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) dans un document relatif au frelon asiatique publié mardi 18 décembre. A la lecture du rapport publié mercredi par l’Anses[i], le constat s’applique aussi au charançon rouge du palmier (Rhynchophorus ferrugineus).

De la Côte d’Azur à la Normandie

Détruisant les palmiers en les dévorant de l’intérieur, ce coléoptère d’origine asiatique a été observé pour la première fois en 2006 sur la Côte d’Azur, où il serait parvenu par des palmiers importés. Il s’est rapidement propagé à la Corse et au Languedoc-Roussillon (actuellement Occitanie), en particulier aux Pyrénées-Orientales. D’autres foyers ont été observés bien plus au nord, notamment dans le Morbihan, en 2013, puis dans l’Eure et en Seine-Maritime en 2017.

Le charançon rouge n’est pas la seule menace qui plane sur les palmiers français: le sphinx du palmier (Paysandisia archon), grand papillon originaire d’Uruguay et d’Argentine, sévit depuis les années 1990 dans tous les départements du littoral méditerranéen. Ce sont ses larves, d’une taille allant jusqu’à 10 centimètres, qui dévorent l’intérieur du palmier. Comme le charançon, elles sont sensibles au champignon Beauveria et au nématode Steinernema.

Selon l’Anses, l’éradication du charançon dans la France centre-atlantique (peu de foyers, faible présence de palmiers) semble tout à fait réaliste, en recourant à une surveillance des palmiers importés, à un suivi de ceux déjà présents, à l’assainissement mécanique, au traitement, voire à l’arrachage de ceux infectés, ainsi qu’à une protection préventive des palmiers situés autour des foyers émergents.

Trop tard pour la Méditerranée

C’est une tout autre paire de manches pour la façade méditerranéenne: selon l’Anses, l’éradication du charançon est une lutte perdue d’avance. Selon l’agence, «l’alternative se présente de la manière suivante: 1) stabiliser si possible la population de charançon en sachant que le coût sera élevé, et chercher à limiter son aire d’extension géographique, ou 2) envisager de limiter la protection à certains palmiers notamment pour leur importance patrimoniale et de proposer des espèces végétales de remplacement pour les zones non protégées».

Deux stratégies principales

L’agence évoque deux stratégies principales en traitement curatif ou préventif. Si l’on s’attache au coût, c’est l’injection d’un traitement chimique (le benzoate d’émamectine), combinée ou non au piégeage de masse, qui l’emporte. «Compte tenu des conditions d’application de la préparation, l’exposition des organismes vivants au produit et une contamination des eaux souterraines par la substance active et ses produits de dégradation sont considérés comme faibles», précise l’Anses.

Plus coûteuse mais plus sûre pour l’environnement, la stratégie bio consiste quant à elle à associer deux traitements (le champignon Beauveria bassiana et le nématode Steinernema, qui attaquent les insectes), combinés à un piégeage de masse.

«Pas encore (totalement) opérationnelle sur le terrain», la méthode ‘Attractif and Kill’ est «potentiellement très intéressante», et «son développement nécessiterait d’être soutenu», note par ailleurs l’Anses. Il s’agit d’une variante du piégeage de masse, consistant à «appliquer dans l’environnement des gouttes de gel attractif de l’insecte-cible, contenant un insecticide à effet ‘choc’ (typiquement un pyréthrinoïde)».

 


[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 



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