Le changement climatique n’intéresse plus personne

Le 23 mai 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En bleu, les recherches pour changement climatique, en rouge pour réchauffement global.
En bleu, les recherches pour changement climatique, en rouge pour réchauffement global.
William Anderegg, Gregory Goldsmith

Dans un entretien accordé récemment au JDLE, l’historienne des sciences Noami Oreskes s’en prenait à ses collègues scientifiques. La co-auteure de «L'effondrement de la civilisation occidentale[1]» reproche notamment aux climatologues de n’avoir pas su convaincre politiques et grand public de l’urgence climatique.

Deux chercheurs en sciences de l’environnement semblent lui donner raison. William Anderegg (université Princeton, Etats-Unis) et Gregory Goldsmith (université d’Oxford, Royaume-Uni) ont étudié l’intérêt du public pour les questions climatiques.

Google Trends

Pour ce faire, les deux scientifiques ont utilisé un outil de Google permettant de visualiser les centres d’intérêt des internautes à partir des requêtes qu’ils adressent au moteur de recherche. Dans un premier temps, les auteurs de l’étude, publiée par Environmental Research Letters, se sont focalisés sur les scandales climatiques: le Climategate de 2009 et la grossière surestimation de la fonte des glaciers de l’Himalaya, contenue dans le 4e rapport d’évaluation du Giec[2].

Sans surprise, les deux événements ont donné lieu à des myriades de recherches. Pour autant, cela n’aura duré que quelques jours. Le gros des requêtes se produisent durant la semaine suivant la publication des gros titres de la presse. Les francophones y sont d’ailleurs peu sensibles. La plupart des interrogations sur le Climategate étant originaires d’Australie, des Etats-Unis et du Canada, trois pays où le climato-scepticisme fait fureur.

Le pic de 2006

Les auteurs ont aussi évalué l’intérêt général des publics anglophone, hispanophone et chinois[3] pour la question climatique, en suivant l’évolution des requêtes pour des termes ayant trait au «réchauffement global», entre les années 2004 et 2013. Globalement, le niveau de demandes reste désespérément faible. Seul un pic important apparaît en août 2006, suscité, semble-t-il par la sortie du film sur Al Gore, «Une vérité qui dérange».

Qu’en tirer comme conclusion? D’une part, que la médiatisation à l’extrême de pseudo-scandales climatiques, comme le Climategate, ou d’erreurs contenues dans le rapport du Giec intéresse très modérément les internautes. «Le Climategate a eu, sur internet, la même durée de vie, mais a suscité beaucoup moins de requêtes que les aventures extra conjugales du golfeur Tigger Wood», résume William Anderegg.

Plus inquiétant, William Anderegg et Gregory Goldsmith estiment que l’intérêt des internautes pour les questions climatiques décline depuis la publication du 4e rapport d’évaluation du Giec, en 2007. Le jargon des climatologues pourrait être en partie responsable de cette désaffection. «Les gens utilisent le terme réchauffement global, contrairement aux climatologues qui parlent de changement climatique», rappelle William Anderegg. Et encore, l’internaute ignore probablement certains des termes favoris des climatologues, comme le degré de confiance, la cryosphère, le forçage radiatif. Sans oublier les fameuses boucles de rétroaction.



[1] «L'effondrement de la civilisation occidentale» Noami Oreskes et Erik M. Conway, Editions LLL

[2] Giec: Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat

[3] L’anglais, l’espagnol et le chinois sont les langues les plus pratiquées sur internet.

 



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