Le changement climatique favorise les migrations de maladies

Le 14 février 2014 par Marine Jobert
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Un phoque gris, sur la banquise.
Un phoque gris, sur la banquise.
©Oceana/Carlos Minguell

Conséquence inattendue du réchauffement climatique: la fusion des glaces de l’Arctique libère dans l’environnement des agents pathogènes. Mettant en danger des espèces qui n’y étaient pas exposées jusqu’alors.

Comme les colons espagnols ont importé la variole, la grippe ou la rougeole aux Amériques après 1492, la fonte des glaces en Arctique permet la circulation ou la remobilisation de microbes et autres agents infectieux. Car «la glace est une énorme barrière écologique pour les agents pathogènes (microbes et parasites) et avec l'augmentation des températures dans l'Arctique, ceux-ci peuvent survivre et accéder à de nouveaux hôtes vulnérables qui n'ont pas développé d'immunité contre eux, faute d'y avoir été exposés auparavant», a expliqué Michael Grigg, parasitologue à l'institut américain des allergies et des maladies infectieuses, lors de la conférence annuelle de la Société américaine pour le progrès de la science (AAAS) réunie à Chicago (Illinois, nord) du 13 au 17 février. Or le changement climatique en cours fait apparaître «une possibilité sans précédent pour que des agents pathogènes se déplacent vers de nouveaux environnements et y provoquent des maladies», a indiqué le scientifique, cité par l’AFP.

 

Ainsi d’une nouvelle souche de Sarcocystis –un parasite- jusqu'alors séquestrée dans les glaces arctiques. Son relargage dans l’environnement a provoqué une forte mortalité chez des phoques gris et d'autres mammifères menacés de l’Arctique, comme des otaries, des morses et des ours polaires, des grizzlis en Alaska et ce jusque dans le sud de la Colombie Britannique au Canada. «Il s'agit d'un nouvel agent pathogène qui est endémique dans l'Arctique et qui a tué 406 phoques gris, pourtant en bonne condition physique, dans l'Atlantique Nord en 2012», a précisé Michael Grigg, qui a précisé que ce parasite est inoffensif pour les humains. Il s’agirait du premier exemple de parasite venu du Nord et migrant vers le Sud.

 

Un autre parasite, communément trouvé chez les chats et bien connu des femmes enceintes -Toxoplasma gondii- a été découvert chez des baleines blanches (beluga) dans les eaux arctiques. «Du jamais vu», a indiqué Michael Grigg.

 

On savait déjà qu’à la faveur du réchauffement des eaux arctiques, quantité de polluants[1] (parce qu’ils appartiennent à la famille des polluants organiques persistants ou POP) reprenaient leur funeste voyage après avoir fait halte dans la glace ou dans l’eau froide du pôle. Résultat: les concentrations dans l’air des POP, qui se volatilisent, augmentent avec le réchauffement climatique.

 

Mais les récentes observations amènent à penser que «les mammifères marins peuvent agir comme de bonnes sentinelles de l'écosystème dans l'Arctique», a relevé Sue Moore, une biologiste océanographe de l’agence américaine océanique et atmosphérique, à la conférence de l’Amas (American Association for Advancement of Science).


En janvier 2013, un rapport d’information du Sénat consacré aux nouvelles menaces des maladies infectieuses émergentes n’avait classé le changement climatique qu’en dernière position dans la liste des facteurs d’émergence. Et ce même s’il favorise l’implantation de vecteurs ou pathogènes nouveaux dans des milieux jusqu’alors indemnes, et même s’il exacerbe les changements directement moteurs des maladies émergentes.

 

 


[1] Comme le DDT, le lindane et le chlordane, le polychlorobiphényle (PCB) ou l’hexachlorobenzène (HCB).

 



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