Le CGDD prône une révolution agricole dans le Nord-Pas-de-Calais

Le 10 juin 2015 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Objectif: réduire l'élevage de moitié
Objectif: réduire l'élevage de moitié

Dans un rapport publié ce 10 juin, le Commissariat général au développement durable (CGDD) appelle la région Nord-Pas-de-Calais à faire sa révolution agricole si elle veut retrouver des eaux de qualité tout en préservant le climat.

 

Avec près de 72% de terres cultivées et 15,6% de la population travaillant dans l’agriculture et les industries agroalimentaires, le Nord-Pas-de-Calais est fortement tourné vers la production alimentaire. 20 filières y sont particulièrement développées, dont le blé tendre, les pommes de terre et les légumes (endives et petits pois), ainsi que l’élevage bovin et porcin.

 

Première cause de pollution azotée

Le rapport du CGDD est intéressant dans la mesure où il s’est intéressé à préciser les impacts sur les eaux de surface et souterraines de la chaîne agroalimentaire, la première cause d’altération régionale. Il montre que la contamination azotée, liée aux apports diffus de l’agriculture, affecte d’autant plus les nappes aquifères et le réseau hydrographique que la région ne dispose ni de fleuves importants ni de relief. Ainsi, les cours d’eau, aux faibles débits, ne favorisent pas la dilution de la pollution.

Contaminée par les nitrates, la nappe aquifère de la craie, par exemple, affiche des dépassements du seuil de potabilité de 50 milligrammes de nitrates par litre. Les teneurs en azote sont également élevées dans les eaux de surface, dépassant souvent le seuil de 3 mg/l au-delà duquel s’observe une perte majeure de biodiversité. Au final, les rivières affichent en majorité un état mauvais ou médiocre[1].

 

Trois scénarios plus ou moins ambitieux

Surtout, les auteurs se sont risqués à la prospective et ont notamment formulé trois scénarios d’évolution plus ou moins ambitieux, basés sur le schéma de sobriété énergétique[2], mis au point par l’association Virage-Energie en collaboration avec l’Ademe[3] et la région Nord-Pas-de-Calais, sur l’exercice Clim’Agri conçu pour atteindre les objectifs régionaux de réduction des gaz à effet de serre et sur l’analyse de la circulation d’azote de chaque filière agricole.

Le scénario minimal se contente d’une action sur les stations d’épuration des eaux usées, en éliminant 80% de la charge de la charge azotée totale des installations supérieures à 2.000 équivalents habitants.

Modéré, le second scénario permet d’atteindre les objectifs régionaux[4] de réduction des émissions des GES en 2020. Il se base sur un maintien de l’élevage à son niveau actuel avec une hausse de 10% du temps de pâturage et donc des surfaces en herbe (recommandation du SRCAE). Dans cette hypothèse, la fertilisation minérale doit être réduite de 15%, avec hausse de l’agriculture biologique à 6% de la surface agricole utile (contre 0,9% en 2014 selon l’Agence Bio). «Ce scénario n’implique aucune modification structurelle profonde de la chaîne agroalimentaire, si ce n’est une légère hausse de l’autonomie fourragère grâce à la production biologique de légumineuses», expliquent les auteurs. L’amélioration de la qualité des eaux n’est toutefois que «légère».

 

Une nécessaire révolution

Le scénario de rupture se projette quant à lui en 2050. Autre différence cruciale: il a pour objectif de reconnecter la production agricole avec l’alimentation, elle-même modifiée selon les recommandations des études Virage-Energie et Clim’Agri, c’est-à-dire une baisse de moitié des protéines animales compensée par une hausse des légumineuses. Une doctrine également reprise par le projet de stratégie bas carbone, en cours de rédaction.

Dans cette hypothèse, l’élevage est réduit de moitié (en effectifs et en production) mais la surface des prairies permanentes ne régresse que de 32% pour produire autant d’herbe destinée à l’alimentation du bétail, malgré une plus faible fertilisation (apports réduits de 25%). Autre évolution: la surface forestière progresse de 10%, par reforestation des terres agricoles.

Au total, la moitié de la surface des terres arables est désormais cultivée en agriculture biologique, l’autre moitié en agriculture conventionnelle, avec des apports d’engrais de synthèse réduits de 75% et le recours aux légumineuses fixatrices d’azote. Dans ce scénario idéal pour le climat et l’eau, les légumineuses fourragères représentent 50% de la production, les céréales 32%, le reste étant composé de légumineuses graines pour l’alimentation humaine, de pommes de terre, de betteraves et de légumes. Seule cette hypothèse permettra de respecter les normes les plus sévères de potabilité, assure le CGDD.



[1] Selon l’état des lieux effectué par le bassin Artois-Picardie

[2] Un volet est consacré à l’alimentation

[3] Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

[4] Inscrits dans le schéma régional du climat, de l’air et de l’énergie (SRCAE)

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus