Le canal Seine-Nord proche de la noyade

Le 26 juillet 2017 par Marine Jobert
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Le chantier prévu pour 2017 attendra encore.
Le chantier prévu pour 2017 attendra encore.

Le Premier ministre fait-il passer les intérêts de la ville dont il était encore récemment maire, quand il remet en question le financement des 107 km du canal Seine-Bord? C’est que Le Havre a énormément à perdre avec cette liaison directe avec les ports d’Europe du nord.

Edouard Philippe est-il prêt à sacrifier un projet à 4,5 milliards d’euros, dont le financement est officiellement bouclé et qui coalise tous les politiques de Paris à la frontière belge, dans le seul but de sauver sa bonne ville du Havre? Car le Premier ministre, qui s’inscrit dans le cadre plus général de la remise à plat des grands projets d’infrastructures, semble pencher pour l’asphyxie pure et simple du canal Seine-Nord. Interrogé par les députés la semaine passée, il a dénoncé les conditions de financement du seul emprunt -de 700 millions d’euros- du projet. «Nul n’a proposé d’en prendre la garantie, et jusqu’à présent, personne n’a identifié la recette affectée pour en rembourser le capital. Ça veut dire que ce projet, dont je ne conteste pas l’utilité, n’est pas complètement bouclé». Qu’à cela ne tienne, lui a rétorqué Xavier Bertrand, qui a proposé que les collectivités des Hauts-de-France financent la part de l’Etat «pour les frais liés au canal jusqu’en 2019, sans augmenter notre participation.» Une solution de trésorerie «pas totalement satisfaisante», lui a rétorqué l’ancien maire du Havre.

Des emplois par milliers au nord.

Car s’il est évident que l’Oise, le Nord, la Somme et le Pas-de-Calais vont profiter des retombées économiques des 107 km de voies navigables – 13.000 emplois chaque année d’un chantier qui va durer de 10 à 20 ans, 45.000 emplois pérennes entre la Seine et l'Escaut d'ici 2050, selon l’établissement public en charge du projet-, la Normandie a tout à perdre avec cette liaison directe avec les ports du nord de l’Europe. Les 3 ports de la vallée de la Seine –rassemblés au sein du groupement d’intérêt économique HAROPA- tirent leur épingle du jeu au plan français, mais sont déjà largement distanciés par leurs voisins belges, hollandais et allemands. Une attractivité relative qu’avait déploré la Cour des comptes dans son dernier rapport annuel. «Le canal reliant le bassin de la Seine avec celui de l’Escaut pourrait participer au siphonage des conteneurs par les ports de la Range Nord», anticipe Sébastien Bourdin, enseignant-chercheur en géographie-économie à l’école de management de Normandie, cité par The Conversation, qui qualifie l’ouvrage de «véritable cadeau au développement du port… d’Anvers.»

Le fret ferroviaire, autre point faible normand

Est-il raisonnable de s’entêter à soutenir trois ports qui ne sont quasiment pas reliés à la Seine, «et donc pas accessibles aux transports fluviaux classiques telles que les barges»? Les 29 millions d’euros consentis au port de Rouen pour assurer son dragage ou le plan stratégique de 16 milliards à horizon 2050 projeté par Le Havre pourront-ils inverser la tendance? Sans compter, relève Sébastien Bourdin, que «le transport ferroviaire qui également fait la force des ports d’Anvers, d’Amsterdam et de Hambourg ne semble toujours pas être privilégié par la France puisque la part modale du transport de marchandises par le fret ferroviaire continue de baisser, passant sous la barre des 10 %.»  

Déclaration de guerre

Il y a quelques jours, le député de la Somme Stéphane Demilly -qui codirige le groupe des ‘Constructifs’ LR-UDI-centristes à l'Assemblée nationale- s'emportait: «Cela fait des années qu'on nous balade, ça suffit! Que les choses soient claires, si le gouvernement revient sur ce projet, c'est une déclaration de guerre aux six millions d'habitants de la région Hauts-de-France. Et nous ne nous laisserons pas faire!». A suivre.

 



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