Le canal Seine-Nord débute enfin

Le 15 octobre 2004 par Loïc Chauveau
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Comparaison des coûts de transports route/rail/fluvial
Comparaison des coûts de transports route/rail/fluvial

Après dix ans de concertation, le canal à grand gabarit reliant la région parisienne aux canaux de l'Europe du nord entre dans la phase d'études préliminaires et d'enquête publique. Cela faisait 40 ans que la France n'avait pas construit un tel type d'ouvrage.

Voies navigables de France (VNF) a lancé vendredi 15 octobre 2004 les études d'avant-projet de réalisation du canal Seine-Nord. Cette structure publique chargée de l’entretien et de la gestion des canaux français est le maître d’ouvrage de cette infrastructure longue de 105 kilomètres, large de 54 mètres et profonde de 4,5 mètres qui reliera après 2015 l'Oise (à la hauteur de Compiègne) à Arleux sur le canal Dunkerque Escaut. Sa construction nécessitera le déplacement de millions de mètres cubes de terre. Pour éviter de perturber les réseaux naturels des bassins hydrographiques traversés, l'eau de l'ouvrage fonctionnera en quasi circuit fermé. Les éclusées seront pompées et renvoyées en amont de l'ouvrage. Le montant estimé des travaux est de 2,6 milliards d'euros. 8.000 emplois seront créés sur 15 ans.
Un tel ouvrage est attendu depuis 10 ans par les promoteurs du transport fluvial. Le port autonome de Paris réclame depuis longtemps une ouverture sur les canaux du nord de l'Europe. Le deuxième port fluvial européen se termine en cul de sac à Montereau, de l'autre côté de l'agglomération parisienne, alors que son activité ne cesse d'augmenter. Au trafic habituel de blé en vrac, de déchets, de matériaux de construction, s'ajoutent désormais les containers de produits à haute valeur ajoutée. Le cabotage entre les pays européens est en forte expansion et Paris ne voudrait pas passer à côté de ces nouveaux circuits de transport de marchandises. Le canal Seine-Nord lui permettra d'être connecté aux ports allemands, hollandais et belges sur le Rhin.
Les transporteurs fluviaux espèrent un décollage de leur activité. En France, la voie d'eau ne représente que 3,65% du trafic de marchandises contre 19% en Allemagne, 12% en Belgique et 56% en Hollande: «Une telle réalisation va nous donner foi en l'avenir et nous inciter à investir, assure Jean-François Dalaise, président du Comité des armateurs fluviaux. Un convoi poussé de 4.400 tonnes représente un investissement de 3 millions d’euros. Cette nouvelle voie nous pousse à nous équiper car nous entrerons en compétition avec la route sur le trafic de containers.»
Seine-Nord s’étendra en effet en parallèle de l’autoroute A1 Paris-Lille-Benelux. Cette autoroute est saturée. Le trafic routier annuel dépasse les 320 millions de tonnes contre 11,3 millions de tonnes pour la voie ferrée et 21,9 millions de tonnes pour le fluvial (chiffres 2002). A son ouverture, la capacité du canal sera de 32 millions de tonnes de fret soit l’équivalent de 1,6 million de poids lourds équivalent à 25% du trafic de l’A1. Actuellement, sur cette autoroute passe un camion toutes les 20 secondes: «En toute logique, il faudrait retirer du coût du canal les sommes que l’on aurait fatalement consacré à un élargissement de l’A1» ajoute François Bordry, président de VNF. Jean-François Dalaise envisage même de proposer aux armateurs de payer dans un premier temps un péage plus élevé pour améliorer la rentabilité du canal: «Nous pouvons nous le permettre, assure-t-il. La transport par la route coûte 30 centimes la tonne par kilomètre parcouru, le train 20 centimes et le fluvial 10 centimes.»
La voie navigable est également un enjeu en matière de réchauffement climatique. Le transport fluvial émet 2,6 fois moins de gaz à effet de serre que tout autre mode de transport. Avec un kilogramme de pétrole, un camion transporte une tonne de marchandise sur 50 kilomètres, contre 130 kilomètres pour le train et 275 kilomètres pour une péniche convoi de 4.400 tonnes.
L’ouverture des études marque la fin de 11 ans de concertation. Le canal Seine-Nord est en effet la première infrastructure à s’être pliée à la procédure dite "Bianco" du nom de l’ancien ministre de l’Equipement du gouvernement Bérégovoy. Cette procédure impose d’étudier tous les critères économiques, écologiques et sociaux dans la plus grande transparence. Les élus locaux, les associations de défense de l’environnement et les instances consulaires sont consultées à chaque étape du projet. Cette façon de procéder allonge singulièrement les délais mais comporte au moins un avantage. Le canal Seine-Nord fait désormais consensus.


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