« Le bruit reste un problème central pour les Français »

Le 15 décembre 2010 par Sabine Casalonga
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Dominique Bidou, président du CIDB fait le point sur les politiques de lutte contre les nuisances sonores
Dominique Bidou, président du CIDB fait le point sur les politiques de lutte contre les nuisances sonores

Les 6e Assises nationales de la qualité de l’environnement sonore, qui se tiennent du 14 au 16 décembre à Paris, sont l’occasion de revenir sur 30 ans de politique de lutte contre le bruit en France. En dépit des progrès réalisés, le bruit demeure un problème majeur pour les Français. Entretien avec Dominique Bidou, président du Centre d’information et de documentation sur le bruit (CIDB).

 

Les nuisances sonores ont-elles diminué depuis 30 ans ?

Il est difficile de répondre car elles sont complexes à mesurer. Ce qui est sûr, c’est que depuis la mise en place de la première mission Bruit au ministère de l’environnement, les solutions de protection contre le bruit ont beaucoup progressé : systèmes d’isolation, moteurs moins bruyants, logiciels de calcul acoustiques, etc. Mais dans le même temps, les sources de bruit se sont multipliées. Les avions font aujourd’hui moins de bruit, mais leur nombre est plus beaucoup plus élevé… Le progrès technique est consumé par la marche de la société. Des enquêtes[1] montrent que le bruit reste un problème central pour les Français. Les transports - routiers (en tête), aériens et ferroviaires - représentent la principale source de nuisance. On estime à plusieurs centaines de milliers le nombre de points noirs du bruit[2] (PNB) sur le territoire [voir l’encadré]. Et parallèlement, les citoyens ont une sensibilité accrue aux nuisances sonores. C’est sur cette dimension sociétale que nous n’avons pas réellement progressé.

Bilan des actions engagées En 2009, 860 points noirs de bruit (PNB) ont été identifiés et 4 projets de R&D soutenus par l’Ademe, selon son premier bilan du plan Bruit (2009-2012) publié mardi 14 décembre. En 2010, 5 dossiers ont reçu un avis favorable, pour des aides de plus de 3 millions d’euros : 4 sont des projets élaborés par RFF et concernent des PNB ferroviaires dans la vallée du Rhône, pour l’isolement des façades, et en région parisienne pour l’isolement des façades et la réalisation d'écrans antibruit, et le dernier a été élaboré par le conseil général de Seine-Saint-Denis. D’autres projets bénéficiant d’une aide inférieure seront engagés d’ici la fin de l’année. Concernant les transports terrestres, le gouvernement a rappelé son engagement de traiter les situations les plus critiques dans un délai de 5 à 7 ans, grâce à un investissement de 550 M€ sur le réseau routier public et 110 M€ sur les autoroutes concédées. De nouvelles procédures d'approche des aéronefs sur les aéroports d'Orly et de Roissy seront mises en place en 2011, ainsi qu’un élargissement du dispositif d'aide aux riverains aux aéroports du Bourget et de Beauvais. Nathalie Kosciusko-Morizet a enfin annoncé les 4 agglomérations (Grenoble, Saint-Etienne métropole, la communauté du Pays d'Aix et Nice) sélectionnées pour la mise en place d’un observatoire du bruit en 2011, qui viendront en renfort de Bruitparif (Paris) et Acou-Cites (Lyon).

Quelles solutions proposez-vous ?

Les Etats généraux de la nuit à Paris ont mis en lumière un conflit entre les défenseurs des « lieux de nuit » et les tenants de la tranquillité nocturne. Un atelier des Assises abordera également la question des nuisances causées par les animations commerciales en centre-ville. La ville de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) a élaboré un guide qui promeut des bonnes pratiques à ce sujet.

Par ailleurs, un rapport en marge des Assises. L’objectif est d’améliorer le dialogue entre les acteurs, tout en prenant en compte des situations variables d’un circuit à l’autre. La réglementation existante n’est pas adaptée à cette problématique.

Plus globalement, nos politiques doivent davantage s’orienter vers les questions sociétales, plutôt que techniques. Certains problèmes peuvent se régler plus facilement par le dialogue. L’intolérance au bruit est peut-être, d’ailleurs, une illustration du cloisonnement de notre société.

Les zones calmes, prévues par la directive européenne de 2002 sur la gestion du bruit [voir le JDLE], correspondent, selon moi, à des zones où l’on peut se détendre, laisser courir ses enfants, mais non totalement silencieuses. Il faut distinguer les bruits qui ont du sens et ceux qui sont considérés comme des agressions sonores.

Quel bilan faites-vous des mesures engagées par le gouvernement ?

Le récent rapport d’évaluation du Grenelle Environnement réalisé par le cabinet Ernst & Young [voir le JDLE] a considéré que les mesures relatives au bruit étaient en bonne voie. On note en effet une accélération des politiques, même si je ne suis pas certain que les délais soient tenus.

Concernant l’isolation des bâtiments, une meilleure coordination entre les corps de métier et une amélioration du savoir-faire sont nécessaires. La politique actuelle de rénovation thermique est une chance à saisir pour intégrer l’isolation acoustique sans générer de surcoût important.

 

Dans le JDLE « Le bruit, une nuisance ‘injuste’»

 

 

 

 


[1] Selon un sondage TNS-Sofres réalisé en mai 2010, deux tiers des personnes interrogées se disent personnellement gênées par le bruit à leur domicile. Pour 54 % d’entre elles, les transports constituent la principale source de nuisance.

 

[2] Un point noir du bruit (PNB) est un bâtiment situé dans une zone sur laquelle une route ou une voie ferrée provoque, en façade des logements existants, des niveaux sonores supérieurs à 70 dB(A) en journée.



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