Le bruit marin rend-il les poissons sourds?

Le 05 février 2016 par Romain Loury
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La demoiselle orangée
La demoiselle orangée

Les poissons courent plus de risques de se faire dévorer par leurs prédateurs lorsqu’un bateau à moteur passe aux alentours, révèle une étude australo-britannique publiée dans Nature Communications. Un phénomène qui, au vu de l’augmentation du trafic maritime, pourrait avoir d’importants effets sur les écosystèmes.

«Le Monde du silence» que nous contait Jacques-Yves Cousteau en 1956 existe-t-il encore? Probablement plus sur les côtes, de plus en plus exposées aux bateaux à moteur et aux scooters des mers. Or les sons qu’ils produisent sont une nuisance importante pour la faune marine.

Jusqu’alors, l’effet du bruit sur les poissons n’avait été étudié qu’en aquarium, jamais en milieu naturel. L’équipe de Mark Meekan, biologiste à l’Australian Institute of Marine Science de Perth, a mené des premiers tests sur des récifs coralliens expérimentaux (d’une dimension d’environ 20 centimètres de côté) placés sur un banc de sable.

Les chercheurs y ont placé de jeunes demoiselles orangées (Pomacentrus amboinensis), à l’âge où celles-ci viennent s’installer sur les récifs coralliens. Ils les ont ensuite exposées à un bruit de moteur diffusé par haut-parleur, d’une intensité équivalent à un appareil passant de 10 à 200 mètres de distance.

Trois fois moins de survivants

Plongés dans le bruit, ces jeunes poissons disparaissent en grand nombre: après trois jours d’exposition, ils ne sont que 27% encore présents sur le récif, contre 79% dans l’expérience contrôle, sans bruit de moteur. Les résultats révèlent un plus haut niveau de stress, avec 33% d’oxygène consommé en plus dans les 20 minutes suivant la survenue du bruit.

Face à une attaque simulée de prédateur, ces poissons s’effarouchent six fois moins souvent. Et pour ceux qui parviennent à prendre la fuite, le temps de réaction est accru de 22%, ce qui laisse le temps au faux prédateur de s’approcher 31% plus près de sa proie.

Des prédateurs très avantagés

Les chercheurs ont ensuite étudié l’interaction entre la demoiselle orangée et l’un de ses plus féroces prédateurs, le pseudochromis brun (Pseudochromis fuscus), aussi bien en bassin qu’en milieu naturel. Ce dernier avait besoin de 82% moins d’attaques pour attraper une proie en présence de bruit, et au final ce sont 2,4 fois plus de demoiselles qui finissent croquées.

Reste à savoir si cette plus grande vulnérabilité est directement le fait du stress, qui pourrait réduire l’attention ou limiter la motricité, ou du bruit, qui pourrait distraire la demoiselle ou l’empêcher de détecter les premiers signaux d’attaque.

«Sur la Grande barrière de corail, les bateaux à moteur font par certains endroits beaucoup de bruit. Mais à la différence de nombreux polluants, il est plus facile de contrôler ce facteur (…). Nous pourrions mettre en place des zones marines sans bruit ou des zones tampons, afin d’éviter les lieux sensibles ou les périodes de l’année durant laquelle les juvéniles abondent», propose l’un des co-auteurs de l’étude, Stephen Simpson, biologiste britannique de l’université d’Exeter.



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