Le BRGM cartographie le risque argile

Le 22 octobre 2004 par Loïc Chauveau
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Etat d'avancement des cartes d'aléa du BRGM
Etat d'avancement des cartes d'aléa du BRGM

Pour éviter qu'on ne construise sans précaution sur des sols argileux, le ministère de l'Ecologie et du Développement durable a demandé au BRGM de délimiter les régions à risque afin de renseigner les plans de prévention des risques. Mais pour l'instant, peu de PPR ont vu le jour.

Depuis 1995, le BRGM développe une méthode permettant de préciser le risque encouru par les constructions. Ces cartes d'aléas ont d'abord été développées à l'échelle communale à Manosque, puis départementale dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Mais les règles d'élaboration de l'outil ont été modélisées sur le département des Deux-Sèvres et appliquée au département de l'Essonne à la demande de la Caisse centrale de réassurance. La cartographie du risque "argile" s'appuie sur la carte géologique établie et publiée par le BRGM au 1/50 000ème.

Les formations affleurantes et sub-affleurantes d'argile figurent sur une base numérisée à l'échelle départementale. Elles sont hiérarchisées selon la sensibilité plus ou moins grande de leur structure au phénomène de rétractation. Ainsi, les argiles de type smectites ou interstratifiées sont composées de plus de matériaux gonflants que d'autres formations.

Cette carte de susceptibilité est à son tour croisée avec la localisation des sinistres enregistrés depuis 1989: « il s'agit d'obtenir une représentation statistique réaliste des probabilités d'occurrence du phénomène » explique Marc Vincent du service aménagement et risques naturels au BRGM. On obtient ainsi une carte de densité des sinistres que l'on doit croiser avec le taux d'urbanisation pour obtenir une représentation fiable de la réalité du phénomène. Ces cartes ne sont pas assez précises pour délimiter le risque encouru à l'échelle des parcelles. Ces plans sont des supports pour la réalisation des plans de prévention des risques.

Les PPR ne comportent pas d'interdiction de construction mais imposent des règles d'aménagement. Une campagne de reconnaissance géotechnique préalable est vivement conseillée d'autant plus que l'investissement est relativement faible au regard des risques encourus par le bâti. Le règlement du PPR définit un ensemble de mesures comme la profondeur minimale d'ancrage des fondations (fixée à 0,80 mètre en zone moyennement exposée, à 1,20m dans des expositions fortes), une distance minimale pour les plantations d'arbres qui pompent en profondeur l'eau et augmentent la rétractation du sol, ou encore la création d'un trottoir au pied des murs des habitations afin d'éviter l'évaporation à proximité des fondations. La mise en oeuvre de ces règles est relativement peu onéreuse au regard des 4 milliards d'euros qu'on coûté les trois sécheresse de 1990-1991, 1996-1997 et 2003.

Pourtant, les PPR sont encore peu nombreux. La carte d'aléas est prête depuis 2000 dans les Deux-Sèvres. En Seine-Saint-Denis, l'enquête d'utilité publique a fait long feu alors que l'aléa argile concerne l'ensemble des 40 communes du département.

Ce plan, soumis à une enquête publique en janvier 2003 prévoyait notamment de restreindre les plantations d'arbres et d'arracher les espèces végétales “avides d'eau”. Les élus ont considéré que l'Etat ne prenait pas en compte les actions de lutte contre les ruissellements mises en oeuvre en amont par le Conseil Général et les communes.

Ainsi, pour Hervé Bramy, vice-président du Conseil Général, « l'arrachage des arbres aboutirait dans un département entièrement urbanisé à un bouleversement profond du paysage qui rappellerait, en pire, les effets de la tempête de 1999 ».

Les élus ont surtout soupçonné l'Etat de vouloir limiter les conditions de constat de l'état de catastrophe naturelle et de vouloir transférer la responsabilité vers les propriétaires et les collectivités locales. Dans ce cas, le principe de la solidarité nationale serait abandonné et les compagnies d'assurance pourraient s'exonérer du remboursement des sinistres. Le plan n'a pas été adopté. Le BRGM a terminé 18 cartes sur les 33 départements où les surfaces concernées sont suffisamment importantes pour justifier d'une planification: « il semble que les maires rechignent à rendre officiel un risque qui pourrait leur coûter cher en terme de taxe d'habitation » soupire-t-on au Ministère de l'Ecologie.

On continue à construire sans précaution sur des sols à risques alors qu'il faudrait bien peu d'efforts pour éviter cette silencieuse catastrophe.


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