Le boom des ENR ne serait-il qu’un leurre ?

Le 29 juillet 2011 par Geneviève De Lacour
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Le bilan énergétique de la France vient d'être publié.
Le bilan énergétique de la France vient d'être publié.

En catimini, le Ministère de l’écologie a publié le 4 juillet dernier des statistiques montrant que la part d’énergies renouvelables dans la production d’électricité n’était que de 14,6 % en 2010. Or, en 1997, l’année servant de référence, cette part était déjà de 15%. En France, les énergies renouvelables semblent donc stagner et cela malgré le discours officiel du gouvernement. Mais quelle en est la cause?

14,6 % d’électricité renouvelable pour 2010 au lieu des 21 % auxquels la France s’était engagée. Pour le Comité de Liaison des énergies renouvelables (CLER), une association qui regroupe plus de 200 professionnels et qui favorise la promotion des énergies renouvelables: «Il est urgent de réagir et de mettre en place une politique forte, dynamique et ambitieuse conjuguant la priorité à la sobriété énergétique et le développement des énergies renouvelables pour respecter nos engagements pour 2020».

En 2001 la France s’était engagée à porter la part d’électricité renouvelable qu’elle consomme à 21 % en 2010. Un nouvel objectif a été fixé pour 2020. La France doit atteindre une part de 23 % d’énergies renouvelables dans sa consommation globale. Et contrairement à l’objectif 2010, ce dernier est légalement contraignant, c’est-à-dire que la France devra l’atteindre sous peine de sanctions européennes.

Pour cela, elle s’est engagée à travers son «Plan national d’action» à atteindre des parts d’énergies renouvelables respectivement de 27 % pour l’électricité, 32 % pour la chaleur et 10 % pour les transports (biocarburants). Mais les statistiques publiées dans la plus grande discrétion par le Commissariat général au développement durable, le 4 juillet dernier, montrent une courbe de progression des énergies renouvelables désespérément plate. Ces énergies renouvelables ne comptent, en effet, que pour 14,6 % de l’électricité produite en 2010, ce qui veut dire une stagnation puisque en 1997, cette part était déjà de 15%.
 
En cause la production hydraulique qui selon les statistiques du ministère auraient diminué et notamment très fortement en 2009 (-9,5%) et cela dans un contexte de hausse quasi continu de la consommation électrique. L’ «indice de productibilité hydraulique» qui mesure la production hydraulique par rapport à une référence sur longue période pour chaque barrage existant, s’établit à 0,94 en 2010 contre 1 en 2008. En 2005, il était tombé à un niveau historiquement bas de 0,69. «L’hydraulique joue un rôle important dans le mix énergétique et doit continuer à jouer ce rôle» déclare Raphaël Claustre, directeur du CLER. «Nous savions déjà depuis longtemps que les objectifs en matière d’ENR ne seraient pas atteints. La logique très centralisée de l’Etat ne favorise pas le développement des énergies renouvelables. Il faudrait laisser plus de compétences aux acteurs régionaux. » Et celui-ci de rajouter : «la France fait, par exemple, de l’éolien comme elle fait du nucléaire, d’une manière très centralisée
 
En ce qui concerne l’éolien terrestre justement, en 2010, la production s’élève à 9,4 TWh après 7,9 TWh en 2009 et 5,7 en 2008. Mais elle ne représente qu’1,7% de la production française d’électricité. Le rapport du ministère précise «le rythme actuel d’augmentation du parc, un peu plus de 1.000 MWh chaque année depuis 3 ans n’est pas suffisant pour atteindre en 2012 l’objectif fixé de 11.500 MW installé.» L’Etat vient de rajouter de la complexité dans la mis en place de nouvelles éoliennes avec les schémas régionaux du climat de l’air et de l’énergie (SCRAE). «L’obligation de déclarer les éoliennes terrestres en tant qu’installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE) va être une véritable catastrophe pour les éoliennes » précise Raphaël Claustre (voir l’article du JDLE sur les SCRAE). Et celui de compléter : «Cette procédure est trop lourde pour ces installations. De plus, les arrêtés qui détaillent les modalités d’installation des éoliennes n’ont pas encore été publiés. Ce vide juridique fait que depuis le 12 juillet dernier, l’installation de nouvelles éoliennes n’est plus possible.» Ce qui ne va pas améliorer les statistiques puisque le nombre de raccordement au réseau électrique aurait été divisé par 3 au cours du premier trimestre 2011. Conclusion, l’électricité fournie par l’éolien est tout juste venue combler l’augmentation de consommation électrique du pays.
 
Quid du photovoltaïque ? En volume sa production est encore très limitée. Avec 565 GWh en métropole en 2010 ce chiffre représente 17 fois moins que l’éolien. Le gouvernement compte beaucoup sur l’arrivée des centrales d’une puissance supérieure à 250 KWh et le nouvelle appel d’offre lancé par la ministre de l’écologie il y a une dizaine de jours (voir l’article du JDLE sur le photovoltaïque). En ce qui concerne le solaire, «dès le départ les tarifs d’achat étaient mal foutus mais il ne fallait pas les suspendre. Nous partageons l’analyse du gouvernement mais pas les solutions proposées par celui-ci» explique le directeur du CLER. Il faut dire que pour les entreprises du photovoltaïque en deux ans et demi, les règles du jeu n’ont cessé de changer. La ministre de l’écologie a déclaré il y a 10 jours : «désormais le système ne change plus et le gouvernement donne de la visibilité pour les années qui viennent.» Mais la filière n’est pas optimiste et s’attend à subir le contrecoup du moratoire de 3 mois qui a permis en décembre dernier de geler tous les gros projets.
 
Insécurité juridique, logistique incertaine, réseau électrique inadapté, les promoteurs de l’éolien offshore français ne sont pas non plus à la fête même si le récent appel d'offre a été lancé pour développer la filière (voir l’article du JDLE sur l’éolien offshore).
 
Et comme pour remotiver les troupes, l’association des professionnels des énergies renouvelables (CLER) a déclaré dans un communiqué publié le 7 juillet dernier « notre politique en faveur d’un système énergétique durable doit être plus ambitieuse que jamais pour initier une transition énergétique qui permettra de limiter les émissions de gaz à effet de serre, réduire notre dépendance vis-à-vis des importations de pétrole, de gaz et d’uranium et assurer le développement économique de nos territoires ». Et l’association d’appeler «à tirer tous les enseignements de l’échec de la politique énergétique de la dernière décennie».
 
L’Etat français aurait-il jamais eu la volonté de développer les énergies renouvelables au cours des 10 dernières années ? Aux vues de ces dernières statistiques la question demeure légitime.  


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus