Le bon plan solaire de Sébastien Lecornu

Le 28 juin 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les syndicats agricoles ont été entendus.
Les syndicats agricoles ont été entendus.
INRA

 

Le gouvernement met un peu d’huile dans les rouages administratifs et fait s’impliquer fortement le secteur privé.

 

Depuis des mois, le secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique joue les démineurs. Et chaque fois, sa «méthode participative et exigeante» donne des résultats salués par les parties prenantes.

En animant des groupes de travail avec les professionnels, Sébastien Lecornu a remis de l’huile dans les rouages de l’éolien terrestre, de la méthanisation. Il a su dégripper le verrou du devenir du territoire de Fessenheim. Et relancer la concertation autour du projet de stockage géologique de déchets nucléaires, le Cigéo

volet solaire de la PPE?

Ces deux derniers mois, priorité était donnée à la dynamisation des énergies solaires. Présentés ce jeudi 28 juin, les résultats du groupe de travail sont, sans doute, supérieurs aux attentes des observateurs, blasés par des années de stop and go gouvernemental. Baptisé ‘Place au soleil’, ce plan, qui s’apparente au volet solaire de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) en cours de rédaction, comporte évidemment une batterie de mesures d’ordre administratif.

Une trentaine de mesures

Une trentaine sont prévues, de portée plus ou moins importante. Pour accélérer le développement des installations de faible puissance, le gouvernement va renouveler l’exonération de la CSPE[1], élargir les possibilités données à l’autoconsommation aux projets dont les producteurs et consommateur sont situés dans un rayon d’un kilomètre, lancer un nouvel appel d’offres ‘Autoconsommation’. Le crédit d'impôt transition énergétique (CITE) sera recadré pour soutenir davantage les particuliers qui s’équiperont d’un chauffe-eau solaire performant.

Depuis des lustres, les professionnels du solaire militent pour la régionalisation des appels d’offres. Ils ont presque été entendus. Sébastien Lecornu a annoncé le lancement d’appels d’offres spécifiques à chaque zone non interconnectée: Réunion, Corse, Antilles, Guyane, Mayotte. La métropole restera au régime centralisateur.

Certaines activités ont aussi été mises dans la boucle. A commencer par la grande distribution dont la surface des toitures et des parkings fait rêver bien des développeurs de centrales photovoltaïques (PV).

La grande distribution s'engage

Ainsi, les patrons d’Hyper apprécieront la simplification des dispositions du code de l’urbanisme pour faciliter le développement du PV sur les parkings. En autorisant le tiers investissement pour les projets d’autoconsommation, les gérants de supermarché pourront plus facilement louer aux énergéticiens leurs toitures pour y installer une ferme solaire dont ils utiliseront les kilowattheures (kWh). Les récalcitrants pourraient craindre, à terme, une obligation de solarisation des toitures de bâtiments neufs de plus de 1.000 mètres carrés.

 

Rares seront classés dans cette catégorie. Michel-Edouard Leclerc s’engage à ce que le groupe Leclerc installe, d’ici 2025, 500.000 m2 d’ombrières solaires sur ses parkings. Les Mousquetaires feront aussi bien, mais d’ici 2023. Carrefour vise une capacité installée totale de 20 mégawatts crête (MWc) avant 2022. Auchan utilisera ses toitures et ses ombrières pour installer 60 MWc qui alimenteront des bornes de recharge de véhicules électriques.

 

Déjà des mécontents. A peine publié, le plan Lecornu est critiqué. Pour Marc Jedliczka, vice-président du CLER, «le photovoltaïque ne peut être cantonné aux toits des supermarchés ou des terrains militaires.» Si les experts de la FNCCR soulignent de belles avancées pour le solaire thermique, ils critiquent l'absence de régionalisation des tarifs, la zone du kilomètre maintenue pour l'autoconsommation et le plafond des 100 kW pour l'obligation d'achat. Une critique partagée par Daniel Bour, le président d'Enerplan qui souligne que ce système frappe particulièrement les projets agricoles.
 

Les agriculteurs n’ont pas été oubliés. Services publics et professionnels devraient développer une communication spécifique rappelant les bénéfices pour l’exploitant agricole à disposer d’une installation solaire. La production ‘à la ferme’ d’énergies renouvelables peut générer jusqu’à 15.000 euros annuels de revenus complémentaires, rappelait une étude de l’Ademe[2], diffusée lors du dernier Salon de l’agriculture. Raison pour laquelle le gouvernement augmentera de 30% le volume d’appels d’offres pour ‘l’agrivoltaïsme’ (des ombrières photovoltaïques qui protègent les cultures d’un rayonnement trop intense) et de 50% le volume d’appel d’offres de PV en toiture.

Solaire et culture. N’oubliant pas que son ministère est aussi celui des paysages, Sébastien Lecornu tente de déminer les oppositions des protecteurs du patrimoine culturel au développement du solaire en toiture. En septembre, une commission « Environnement-Culture », comprenant l’inévitable Stéphane Bern, auditionnera les associations concernées. En parallèle, les pouvoirs publics financeront une dizaine d’opérations photovoltaïques exemplaires, utilisant les tuiles solaires. 

Originalité de ce plan solaire: les engagements pris par de nombreux acteurs de passer enfin aux choses sérieuses. Six mois après avoir officiellement lancé son vaste plan solaire, EDF était très attendue. Son PDG, Jean-Bernard Lévy, a indiqué ses premières cibles: l’équipement des parkings des centrales nucléaires en ombrières photovoltaïques, ainsi que les terrains jouxtant trois centrales thermiques. Soit l’équivalent de 100 MWc en deux ans, a-t-il précisé. Pour la suite, 1.000 hectares de terrains ont déjà été sécurisés pour ses besoins propres. Et l’énergéticien entend doubler, cette année, puis l’année prochaine, le nombre d’installations sur les toitures des particuliers et des entreprises.

Du solaire dans le bilan carbone de Total

Patrick Pouyanné n’a pas été en reste. Le patron de Total s’est engagé à mettre un peu de solaire dans son bilan carbone. Bien sûr, sur certaines toitures de ses bâtiments, sur des friches industrielles («dont les règles sont parfois plus complexes que celles des terrains vierges», a-t-il souligné), mais aussi en copiant… BP. Il y a une dizaine d’années, le pétrogazier britannique avait doté ses stations-services les plus récentes de panneaux photovoltaïques. Total indique vouloir solariser 600 stations. «Au total, nous devrions installer 10 GWc dans les 10 prochaines années«, a promis l’ancien haut fonctionnaire.

 

Tout le monde l’a bien compris, la clé du développement du solaire n’est plus la maîtrise des coûts (qui ne cessent de baisser), mais du foncier. Deux grands propriétaires publics ont été mis à contribution: la Défense et la SNCF. La première propose, dans un premier temps, 2.000 ha. «Ce n’est pas énorme au regard des 260.000 ha dont nous disposons, mais il faut être réaliste et pragmatique»,  a tonné Geneviève Darrieussecq. Rompez. La SNCF fait beaucoup moins bien. Proprio de 20.000 ha et de 25.000 bâtiments, le premier consommateur d’électricité de France (9 térawattheures par an) a sélectionné, avec le concours du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), ses meilleures toitures. A terme, le transporteur entend mettre en service 176.000 m2 de panneaux photovoltaïques: 15 fois mieux qu’aujourd’hui.

Nucléaire et solaire : Jean-Bernard Lévy et Patrick Pouyanné sont d’accord. On pourrait faire beaucoup plus de solaire que prévu par l’actuelle PPE (18GW en 2023). Le patron de Total estime à 100 GWc la puissance installable en métropole dans les 15 ans. Son compère d’EDF, Jean-Bernard Lévy, indique qu’une réduction à 50% de la part du nucléaire dans la production d’électricité implique de porter à 20% la part du solaire, contre 1,7% en 2017. Soit une capacité installée supérieure à 80 GWc.

 

 



[1] CSPE: contribution au service public de l'électricité

[2] Ademe: Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

 



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