Le bois-énergie met le feu

Le 22 mars 2017 par Marine Jobert
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La forêt, alliée climatique?
La forêt, alliée climatique?

Les polémiques font rage autour de la montée en puissance de la ‘biomasse’ comme énergie renouvelable reine en Europe. L’organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) publie un rapport qui plaide pour une utilisation moins émettrice d’une ressource encore vitale pour plus de 2 milliards d’êtres humains sur la planète.

Après une décennie d’éloges sur ses vertus climatiques, le bois va t-il finir au bûcher pour apostasie carbonique? Alors que les énergies renouvelables en Europe sont aujourd’hui produites pour 65% à partir de ce qu’il est convenu désormais d’appeler ‘biomasse’, une question centrale reste en suspens: qu’entend-on précisément par ‘biomasse’? Les trois quarts de celle brûlée en Europe provient de forêts, rappelle l’ONG Fern, qui suit l’implication de l’Union dans les forêts. Deux autres ONG - BirdLife et Transport & Environment- ont récemment calculé que l’Europe bas carbone de 2030 aura les yeux plus gros que le ventre, puisque pour atteindre l’objectif de 27% d’énergie consommée d’origine renouvelable, il manquerait entre 15 et 21% de biomasse ‘soutenable’[1].

L’agence internationale de l’énergie n’a pas apprécié, qui sest fendue d'une réponse. Le 1er mars, le Royal Institute of international affairs britannique (plus connu sous son surnom de Chatham House) a publié une tribune titrée «Le bois n’est pas une source d’énergie neutre en carbone». Critique principale: parce que le bois, lors de sa croissance, a stocké du CO2, celui qui se dégage lors de la combustion n’entre tout simplement pas dans les calculs de ses émissions d’un bout à l’autre de la chaine. Vivent les résidus de bois, plaide le spécialiste, à condition qu’ils ne proviennent pas d’arbres entiers, comme en transforment les trois quarts des usines de granulés américains, qui alimentent majoritairement la Grande-Bretagne.

 

Plantations industrielles

Alors quand l’organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) souligne dans un rapport,  publié à l’occasion de la Journée internationale des forêts le 21 mars, qu’il est indispensable de «rendre le bois-énergie plus ‘vert’», les esprits s’échauffent. Car depuis 1948, dénoncent 200 ONG dans une tribune, la FAO préfère une définition des forêts qui favorise les plantations industrielles d’arbres à croissance rapide, tels que l’eucalyptus, le pin, l’hévéa ou l’acacia, dans la mesure où «elle ne tient compte que de la hauteur minimum des arbres, de la superficie qu’ils couvrent et du pourcentage de densité de la canopée.»

Destruction écologique

«Derrière l’image positive fournie par la FAO, critique Winfridus Overbeek, coordinateur international du Mouvement mondial pour les forêts tropicales, [les entreprises de plantation d’arbres] ont pu cacher la destruction écologique qui survient lorsque des forêts riches en biodiversité, des prairies et des tourbières débordantes de vie, deviennent de vastes ‘déserts vers’ peuplés d’arbres clonés d’une même espèce et du même âge, plantés en rangées rectilignes.» Et la soif d’énergies renouvelables des pays occidentaux amplifie encore le mouvement, constatent les ONG, qui reprochent à la FAO de ne pas affronter le problème en face, en ne faisant aucune référence aux plantations d’arbres dans son rapport.

7% des émissions mondiales de GES

Il faut dire que la FAO semble s’être surtout concentrée sur les pays du Sud, où «pour plus de deux milliards de personnes dans le monde, avoir accès au bois combustible signifie pouvoir cuire sa nourriture, faire bouillir son eau pour ensuite la boire, et pouvoir se réchauffer», rappelle José Graziano da Silva, le directeur général de la FAO. Sont-ce eux qui, pour autant, émettent l’intégralité des quelque 7% des émissions mondiales de gaz à effet de serre provenant de l'activité humaine, à cause de la production et de l'utilisation de bois combustible et de charbon? Le rapport ne le précise pas.

Charbon de bois plus écologique

Une transition s’impose, martèle la FAO, des fours et fourneaux traditionnels vers les fours modernes, qui pourraient contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre de 80%. Sans compter que le charbon de bois, en plus d’être très polluant et fortement émetteur de CO2, représente quelque 17% de tout le bois utilisé comme carburant dans le monde. «En l'absence d'énergie renouvelable et réaliste pour remplacer le charbon dans un futur proche, et en particulier en Afrique sub-saharienne, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud, il sera essentiel de rendre la chaîne de valeur du charbon plus écologique et d'adopter des pratiques durables de gestion des forêts afin d'atténuer les effets du changement climatique, tout en maintenant l'accès des ménages aux énergies renouvelables», détaille la FAO. Le rapport appelle les gouvernements à «créer un environnement propice au changement et un climat d'investissement attractif», afin de favoriser la transition vers un secteur du charbon «plus écologique.»

 


[1] C’est-à-dire les résidus agricoles et les déchets de bois, le fumier et autres déchets organiques.

 



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