Le Bois de Tronçay entre en résistance

Le 19 février 2013 par Marine Jobert
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Ils sont une trentaine à camper sur le site, soutenus par les opposants à l'aéroport de Notre-Dames des Landes.
Ils sont une trentaine à camper sur le site, soutenus par les opposants à l'aéroport de Notre-Dames des Landes.
Jean-Philippe Guillot

Après Notre-Dame-des-Landes, la France va t-elle apprendre à situer le bois de Tronçay sur la carte des contestations sociales et écologistes du quinquennat de François Hollande? Une trentaine de personnes, rejointes les fins de semaine par d’autres opposants, campent depuis quelques semaines dans cette forêt de feuillus de 110 hectares vouée à destruction par un industriel nivernais. En jeu: 500.000 mètres cubes de grumes sciées sur place chaque année, une centrale électrique et une unité de pelletisation (fabrication de granulés de bois), avec à la clé la création de 120 emplois et 148 millions d’euros d’investissement. Le tout installé sur 60 ha. Pour l’instant, ce sont une maisonnette en paille, des toilettes sèches et des militants déterminés qui tiennent les lieux.

Bordé d'un côté par l'Yonne et de l'autre par la rivière de Sardy et le canal du Nivernais, et situé à quelques dizaines de mètres du parc naturel du Morvan et à une soixantaine de kilomètres de Nevers, le bois de Tronçay avait d’abord été convoité par la société belge Fruytier, après que la communauté de communes du Pays Corbigeois en avait fait l'acquisition (à un prix contesté par les associations environnementales locales). Mais le Belge jette l’éponge et la «com-com» se retrouve avec la forêt sur les bras. Vient alors Pascal Jacob, président du Medef de Bourgogne qui, à la tête d’une entreprise créée pour la circonstance –Erscia- proposera de transformer la forêt en gisement d’énergie-bois.

Problème: le projet semble souffrir de malformations congénitales, tant sur le fond que sur la forme. En août 2011, par exemple, les pelleteuses sont là pour se lancer à l’assaut de la forêt. Mais «les élus avaient ’oublié‘ qu'un défrichement de 110 ha était obligatoirement soumis à autorisation», ironise l’association Nature et environnement en Nièvre. Par ailleurs, l’association écologiste pose quantité de questions gênantes sur la nature des matériaux destinés à être incinérés: «La scierie et la production de pellets ne sont présentées dans le projet que pour faire admettre le dossier qui, en fait, est entièrement axé sur une incinération de déchets et va surtout produire une quantité importante d’électricité».

Cité par France 3-Bourgogne, le directeur général d'Erscia a assuré que les bois brûlés par la centrale seront «des bois en fin de vie non dangereux», que la société puisera peu dans la ressource en résineux du Morvan et se fournira principalement en Auvergne. Enfin, les dommages écologiques posés par le défrichement des 110 hectares -et l’insuffisance criante des mesures compensatoires- ont amené le ministère de l’écologie à rendre un avis défavorable «au vu des insuffisances flagrantes du dossier». En juin 2012, le tribunal administratif avait suspendu un premier arrêté préfectoral qui accordait une dérogation à la destruction d’habitats d’espèces protégées. Le second arrêté, portant sur la même dérogation, avait été suspendu en octobre dernier.

C’est que les charmes et les hêtres des lieux recèlent de fantastiques surprises sur le plan naturaliste. «Nous sommes face à un biotope essentiel, les espèces protégées sont pratiquement toutes réunies: coléoptères comme le grand capricorne, le lucane cerf-volant, les carabes, scarabées surtout le si connu pique-prune, nécrophages bousiers, les lépidoptères -nous ne nommerons que le grand sylvain en danger de disparition, les hyménoptères, chaînon essentiel à la pollinisation», expliquent les écologistes locaux. De quoi faire cauchemarder les aménageurs, puisque le pique-prune a, à lui seul, stoppé la construction de l’autoroute A28 entre Le Mans et Tours il y a 10 ans.

Sur le terrain, la confrontation pacifique entre forces de l’ordre et opposants a déjà commencé. A quelques exceptions près, toute la classe politique locale soutient à plein le projet. «La Nièvre ne peut être le seul département en France qui refuserait l'installation de projets industriels, à l'heure où des milliers d'emplois disparaissent», a déclaré le député socialiste Christian Paul dans un communiqué. Une audience devant le tribunal administratif de Dijon est prévue le 26 février, qui examinera un référé-suspension déposé par des riverains.

 



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