Le bois créosoté, un fardeau industriel qui se recycle mal

Le 09 octobre 2013 par Marine Jobert
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Des traverses créosotées utilisées pour délimiter un potager.
Des traverses créosotées utilisées pour délimiter un potager.
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Fongicide et insecticide efficace, la créosote empoisonne aujourd’hui quantité de jardins, potagers et maisons particulières. Car les traverses de chemin de fer, après en avoir été badigeonnées, font désormais office de poutres «vintage» et de barrières solides. Sans compter qu’une usine du Lot, où les ouvriers travaillent dans des conditions douteuses, transforme ce bois traité en charbon de bois. Adeptes du barbecue: retenez votre respiration!

L’usine Sidénergie, sise à Laval de Cère (Lot), est spécialisée dans le recyclage de bois créosotés et dans la fabrication de charbon de bois. Elle a même été citée en exemple pour la filière du réemploi du bois. Une usine dont l’association écologiste Robin des Bois dénonce l’existence, comparant les conditions de travail et environnementales qui y ont cours à celles des sordides chantiers de la baie d’Alang, en Inde. Elle a documenté tous les usages que les particuliers font, en toute méconnaissance de cause, de ces traverses de chemin de fer et de ces poteaux électriques traités contre les insectes et les champignons. Enclos pour chevaux, pourtour de piscine, planches pour délimiter un potager, etc. L’effet est des plus esthétiques, au détail près que cette substance, obtenue à partir de la distillation de goudrons de houille bruts, est un cancérigène classé 2A par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Ce liquide noir ou ambré, malodorant, épais et huileux, est un mélange complexe de plusieurs centaines de molécules chimiques et peut contenir plus de 30 HAP différents, dont la concentration totale peut atteindre 85% du produit. Un état de fait qui s’étire, année après année, avec les millions de traverses déposées tous les ans, d’autant que ces planches de bois continuent à être vendues «dans l’illégalité, sans que l’acquéreur soit par contrat informé des risques sanitaires et de son obligation en fin d’usage de les éliminer dans une filière réglementaire», explique Robin des Bois.

Multiples infractions

L’association Lot Environnement a aussi dépensé beaucoup de temps et d’énergie à cerner la nature et les conséquences de cette activité. Au cours des derniers mois, rapporte-t-elle, des rejets atmosphériques de benzo-a-pyrène 1.000 fois supérieurs à la norme auraient été relevés à proximité, des cas de brûlage de déchets créosotés à l'air libre observés, et des abandons sauvages de déchets en carrière opérés. Sur des photos produites par l’association, on peut voir les quelques ouvriers encore actifs sur le site –l’usine devrait fermer ses portes en 2014- travailler torse nu, les mains dépourvues de toute protection lors des phases d’allumage, de chargement et de déchargement des fours de carbonisation et pendant le tri des bois créosotés. Un climat d’indifférence, voire de connivence, règnerait sur place, les autorités sanitaires n’ayant que très récemment donné suite aux alertes de l’association.

Exportation critiquée

«La fermeture immédiate de ce bagne s’impose», exige Robin des Bois, qui dénonce au passage la démarche de Geprocor, la plate-forme export d’Intermarché/Les Mousquetaires installée à Monaco, qui tenterait d’exporter hors de l’Union Européenne 1.600 tonnes de charbon de bois de la marque Braisal, qui ne sont pas commercialisables en Europe. «Or c’est sous la marque Braisal que Sidénergie écoulait son charbon de bois fabriqué à partir de traverses de chemin de fer retirées des voies», affirme l’association, qui voudrait que ce charbon de bois non commercialisable en Europe puisse «à la limite» être considéré comme un déchet. «Sa vente sous couvert ‘d’opportunité’ en Afrique ou en Asie devrait être encadrée par la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets», plaide l’association.

 



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