Le bisphénol S pourrait être pire que le A

Le 30 juillet 2019 par Romain Loury
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Un piètre substitut
Un piètre substitut

Le bisphénol S est-il encore plus à craindre que le produit auquel il est censé se substituer, le bisphénol A? Publiée dans les Environmental Health Perspectives (EHP), une étude française montre que, à dose absorbée égale, le bisphénol S présente des concentrations sanguines 250 fois plus élevées.

Avant même l’interdiction du bisphénol A dans les biberons (2010) et les contenants alimentaires (2015), les industriels ont commencé à se tourner vers des substituts. Un choix moins vertueux qu’il n’y paraît: la plupart ont choisi d’autres bisphénols, dont plusieurs études suggèrent qu’ils seraient tout aussi nocifs.

Exemple, le bisphénol S, principal substitut du bisphénol A, dont tout porte à croire qu’il est un perturbateur endocrinien aussi puissant. Si les résultats des quelques études menées à son sujet, in vitro et in vivo, divergent, elles montrent que ce composé est également capable de se lier aux récepteurs des estrogènes.

Le BPS est mal métabolisé

Si le danger posé par le bisphénol S, à savoir sa toxicité intrinsèque, semble similaire à celui du BPA, restait à savoir quelle est son exposition –en toxicologie, un risque résulte de la conjugaison entre un danger et une exposition. Dans leur étude, Véronique Gayrard, chercheuse à l’unité mixte de recherche Toxalim (Toulouse)[i], et ses collègues suggèrent qu’en la matière, le bisphénol S favoriserait une bien plus grande exposition que le bisphénol A.

Les chercheurs ont comparé la biodisponibilité du BPS et du BPA chez des porcelets, au système gastro-intestinal proche de celui de l’homme. Pour cela, ils ont administré aux animaux des quantités égales des deux produits, analysant leur présence plasmatique en fil du temps. Bilan: à dose égale, la concentration plasmatique du BPS est 250 fois supérieure à celle du BPA!

Au niveau de l’intestin, la quasi-totalité du BPS est absorbé, contre seulement 77% du BPA. Le BPA subit par ailleurs, aussi bien dans l’intestin que dans le foie, une plus forte glucurono-conjugaison que le BPS (voir encadré). Après un premier passage par le foie, 57,4% du BPS reste non-glucuronidé, contre 0,5% du BPA –soit 100 fois plus. Par ailleurs, le BPS est éliminé de l’organisme 3,5 fois moins rapidement que le BPA.

La glucurono-conjugaison est une modification chimique qui permet à l’organisme de se détoxifier des substances indésirables, en facilitant leur excrétion. Une fois glucuronidées, elles sont inactivées… théoriquement. Des incertitudes subsistent encore quant au fait qu’une substance glucuronidée soit totalement inactive.

Caractériser l’exposition interne

Piètre choix de substitution, le BPS révèle ainsi les failles de la substitution. Selon Véronique Gayrard, contactée par le JDLE, «les industriels se retrouvent face à un dilemme [lorsqu’ils doivent opérer une substitution], du fait que les études de danger sont très longues. Ce que nous préconisons, c’est qu’avant de mettre une nouvelle substance sur le marché, il faut d’abord tester la capacité de notre organisme à s’en protéger, en obtenant des données sur l’exposition interne», plus rapides à obtenir.

Après le BPA, c’est désormais le BPS qui semble omniprésent. Publiée en 2018, une étude américaine, portant sur les données 2013-14 de la cohorte NHANES[ii], a montré qu’il était détecté dans l’urine de 89,8% des participants, un taux en hausse depuis 2000. En avril 2017, une étude menée par «60 millions de consommateurs» sur 43 enfants avait révélé la présence de BPS dans 98% des échantillons capillaires.

Publiée jeudi 25 juillet dans le Journal of the Endocrine Society, une autre étude, portant sur des enfants et adolescents de la cohorte NHANES, a montré un lien entre le niveau d’imprégnation par le BPS et le risque d’obésité, ainsi que pour un autre substitut du BPA, le bisphénol F.

 



[i] L’UMR Toxalim est placée sous l’égide de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT), l’Ecole d’ingénieurs de Purpan et l’université Toulouse III Paul Sabatier.

[ii] National Health and Nutrition Examination Survey

 



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