Le bisphénol A, ennemi des ovocytes

Le 28 septembre 2011 par Romain Loury
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Le bisphénol A (BPA) perturbe la maturation des ovocytes, ce qui pourrait accroître le risque de stérilité, voire celui de trisomie 21, selon une étude espagnole publiée dans la revue Human Reproduction.
 
Présent dans de nombreux objets quotidiens, notamment les bouteilles en plastique et le revêtement intérieur des cannettes, ce perturbateur endocrinien est interdit dans les biberons européens depuis juin. L’Agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) lui a décoché une nouvelle flèche mardi 27 septembre, avec deux rapports listant tous ses potentiels effets délétères (voir le JDLE).
 
Selon l’Anses, ces effets surgissent même à de faibles niveaux d’exposition, et se feraient particulièrement sentir à des moments plus sensibles. Comme la grossesse, une période d’exposition à risque pour l’enfant à naître… mais aussi pour sa descendance, selon les travaux menés par l’équipe de Montserrat Garcia Caldés, de l’université autonome de Barcelone.
 
Car chez l’homme comme chez tous les mammifères, les ovocytes commencent leur maturation très tôt, avant même la naissance. Egalement appelé «méiose», ce processus ne reprend pour être mené à son terme que bien des années plus tard, lors de la fécondation [1]. C’est tout ce processus de méiose que les chercheurs espagnols, les premiers à étudier l’effet du BPA sur des ovocytes humains in vitro, ont pu analyser.
 
Parmi les ovocytes qu’ils ont incubés avec du BPA, plus d’un quart (27%) présentaient une dégénérescence. Outre qu’il perturbait le déroulement de la méiose, le BPA semblait favoriser les échanges d’ADN entre chromosomes. Le rythme était multiplié par 2,2 pour le seul chromosome 21, ce qui pourrait accroître d’autant le risque de syndrome de Down (ou trisomie 21).
 
«Toute altération du nombre d’ovocytes viables ou de leur qualité pourrait avoir des effets majeurs et définitifs sur les capacités reproductives d’une femme», concluent les chercheurs, qui soulignent «l’effet transgénérationnel» du BPA.
Une équipe universitaire de Providence (Rhode Island) a, quant à elle, obtenu des résultats opposés, chez des souris mâles. Selon leur étude, l’exposition in utero au BPA n’altérerait pas le développement du testicule, en termes de taille ou de présence de spermatozoïdes.
 
[1] Consistant en deux divisions cellulaires consécutives, la méiose est le processus de transformation des ovogonies en ovocytes chez la femme, des spermatogonies en spermatozoïdes chez l’homme. L’ovocyte s’arrête pendant la première division (dite «méiose I») au stade in utero, la maturation ne reprenant qu’avec la fécondation.


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