Le bisphénol A banni en 2014 des tickets thermiques

Le 22 octobre 2013 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Après le Bisphénol A, le Bisphénol S?
Après le Bisphénol A, le Bisphénol S?
DR

Philippe Martin a confirmé que le bisphénol A pourrait, si Bruxelles fait droit à la demande, être banni des tickets de caisse et autres papiers thermiques. Cette étape vers la réduction des expositions à ce perturbateur endocrinien, tant pour les caissières que les clientes -mais aussi via le recyclage- risque de buter sur la problématique des matériaux de substitution, dont la toxicité est encore mal connue, voire inquiétante pour certains composés.

La France va demander à la Commission européenne de pouvoir exclure le bisphénol A (BPA) des tickets de caisse thermiques délivrés sur le territoire national. Delphine Batho l’avait promis en avril dernier, Philippe Martin mettra en œuvre cette mesure, et ce dès le début de 2014, a-t-il annoncé lors des premières "Rencontres chimie-santé environnementale", organisées le 18 octobre à Lyon par le réseau Environnement-Santé et la région Rhône-Alpes. Cette proposition de restriction, déposée dans le cadre de la directive Reach, «s’appuie sur de nouvelles données mise en évidence par l’Agence nationale de sécurité de l'alimentation (Anses) en avril dernier», a précisé le ministre de l’écologie. Celui-ci a souligné au passage qu’à l’occasion de la consultation publique organisée sur la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens, plus de 1.500 contributions avaient été reçues.

 

Interdiction dans plusieurs pays

L’interdiction du BPA des tickets de caisse en France ne serait pas une première. Le Japon l’a banni depuis plusieurs années; l’Etat du Connecticut (Etats-Unis) l’a définitivement exclu depuis le 1er octobre 2013 et les Etats du Maine et de l’Illinois envisagent d’adopter une position identique. A Taiwan, le BPA a été interdit dans les papiers thermiques depuis le 10 janvier 2011 (avec des succès mitigés, puisqu’une récente publication d’une association de consommateurs rapporte que 18% des papiers thermiques examinés contenaient encore du BPA, selon l’Anses). La Belgique songe à faire de même et la Suède a mobilisé son agence sanitaire sur le sujet, qui a préconisé une interdiction nationale.

 

Situations à risque, à confirmer

La présence du BPA dans les tickets thermiques (c’est-à-dire les tickets de caisse, mais aussi les facturettes de cartes bancaires, les reçus, tickets de lotos, de cinéma et de concert, étiquettes ou badges d’identification)[1] a été étudiée par l’Anses dans l’avis qu’elle a rendu le 9 avril dernier, consacré à l’évaluation des risques liés au BPA pour la santé humaine et aux données toxicologiques et d’usage des bisphénols S, F, M, B, AP, AF, et BADGE. L’agence s’est penchée sur l’exposition des consommateurs –particulièrement des consommatrices enceintes- et des agents de caisse -particulièrement des caissières enceintes. Dans le premier cas, «le consommateur va toucher relativement peu de tickets dans la journée et il est probable que la quantité de BPA sur les doigts ne soit pas constante dans le temps». Dans le second, l’exposition au BPA -transféré à la surface de la peau du doigt- serait «continue sur la durée de travail, quelles que soient la durée (entre 5 et 60 secondes) et la répétition (entre 3 et 10) de contacts avec les tickets».

 

Conclusion: «La manipulation de tickets thermiques conduit à des situations à risque pour les 4 types d’effets considérés (glande mammaire, cerveau et comportement, appareil reproducteur féminin, métabolisme et obésité) tant pour les femmes enceintes travaillant en caisse que pour les femmes enceintes consommatrices manipulant des tickets thermiques». Des résultats assortis d’une grande prudence, puisque «les modèles considérés ne tiennent pas compte de la distribution et de l’élimination du BPA par l’organisme et considèrent que 100% de la dose absorbée par la peau est ensuite biodisponible». En l’absence de données françaises «solides et spécifiques», l’Anses appelait à la réalisation d’une étude en milieu professionnel parmi des femmes en âge de procréer, afin de mesurer l’excrétion urinaire de BPA et de confirmer ainsi les expositions internes estimées.

 

Substituer le BPS au BPA?

L’interdiction du BPA, aux multiples vertus industrielles mais connu pour ses actions de perturbateur du système endocrinien, n’est pas une mince affaire. Banni des biberons en 2010, en passe d’être interdit dans les contenants alimentaires en 2015 –le décret transitoire pour les publics sensibles n’a toujours pas été pris- le BPA peut, pour certains usages, être remplacé par des substances qui sont elles-mêmes controversées. C’est le cas pour les tickets de caisse, dont quantité portent déjà au verso la mention «garanti sans bisphénol A», qui a été remplacé par le Bisphénol S dans certains cas. Or deux études –l’une américaine, l’autre japonaise- ainsi que l’expertise rendue par l’Anses en avril dernier, incitent à la plus grande prudence. De façon générale, «le recensement des données disponibles sur la toxicité des alternatives potentielles au bisphénol A indique que (…) la plupart de ces composés chimiques (…) n’ont pas (…) fait l’objet d’essais complets dans le domaine de la toxicité. C’est particulièrement le cas des effets sur la reproduction et/ou le caractère perturbateur endocrinien». Une situation qui pousse Marc Mortureux, le directeur de l’Anses, à la plus grande prudence: «Nous préconisons d’éviter les substitutions pour lesquelles nous n’avons pas toutes les garanties d’innocuité. Il est de la responsabilité des industriels d’en faire la démonstration».

 

L’Anses a commandé au Service commun des laboratoires (DGCCRF, 2011) une étude sur les tickets de caisse distribués en France, qui met en lumière le fait que le retrait du BPA de cet usage spécifique risque de ne régler que très partiellement l’exposition. Sur les 50 tickets imprimés prélevés aléatoirement dans différents commerces et distributeurs de billets de banque de l’agglomération lyonnaise, un quart contenaient du BPS, qui étaient distribués dans un tiers des cas dans des commerces de la grande distribution. Or, comme le relevait l’agence, «la structure chimique commune aux composés de la famille des bisphénols leur confère des propriétés œstrogéniques».

 

Supprimer le BPA recycle

Néanmoins, éliminer le BPA des tickets thermiques, cela revient à supprimer la contamination à sa source. Car 30% du papier thermique serait injecté dans le circuit de recyclage[2], entrant dans la composition de produits recyclés, comme  pour «l’élaboration de serviettes en papier, de papier toilette, d’essuie-tout, mais aussi de journaux, magazines, tickets, enveloppes», énumère l’Anses. Bien que contribuant en faible quantité à la production de papier recyclé, le papier thermique serait une source majeure de contamination au BPA, compte tenu des concentrations importantes dans ce type de papiers. «Le recyclage des papiers thermiques contenant du BPA est suspecté d’être une des principales sources de contamination de l’environnement via les effluents aqueux du recyclage contenant des dérivés chlorés du BPA ou via les boues issues de stations d’épuration», ajoute l’Anses.

 



[1] Environ la moitié du papier thermique serait utilisé sous forme de reçus en points de vente, presque le tiers comme étiquettes autocollantes et le reste pour des tickets de loterie et du papier de télécopie.

[2] Selon une estimation de l’European Thermal Paper Association.

 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus