Le bio, sans avantage nutritionnel

Le 05 septembre 2012 par Romain Loury
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Non contaminés, les produits bio n'affichent pas la meilleure qualité nutritionnelle.
Non contaminés, les produits bio n'affichent pas la meilleure qualité nutritionnelle.

Les aliments bio ne semblent pas présenter une qualité nutritionnelle différente de ceux issus de l’agriculture conventionnelle, mais sont moins chargés en pesticides et moins à risque de bactéries multirésistantes, selon une étude publiée dans les Annals of Internal Medicine.

Aux Etats-Unis comme en Europe, le marché du bio a explosé au cours de la dernière décennie: de 3,6 milliards de dollars (2,8 milliards d’euros) en 1997, il est passé à 24,4 Md$ (19,3 Md€) en 2011, rappelle l’université de Stanford (Californie) dans un communiqué. Un engouement lié à la crainte d’un risque sanitaire lié aux pesticides, mais aussi à la croyance en une meilleure qualité nutritionnelle.

Si l’étude menée par l’équipe de Dena Bravata, basée au Stanford University Medical Center, n’apporte rien de bien neuf sur le premier aspect, elle apporte un éclairage nouveau sur le second. A savoir qu’il n’existe que peu de différences entre les produits bio et ceux dits conventionnels sur la plupart des nutriments analysés.

Au terme d’une analyse de 237 publications scientifiques comparant les deux types d’aliments, les chercheurs n’ont montré aucune différence majeure quant aux vitamines, aux protéines ou aux lipides. Exceptions: le phosphore, plus abondant dans les céréales bio (phénomène jugé «sans importance clinique»), et les oméga-3, dont le taux est plus élevé dans le lait et le poulet d’origine bio que dans leurs équivalents conventionnels.

Sans surprise, les céréales bio sont 30% moins à risque d’être contaminées par des pesticides -même si 7% le sont tout de même. Quant à la viande bio, qu’il s’agisse de poulet ou de porc, elle a 33% moins de risques de porter une bactérie résistante à au moins 3 antibiotiques. Le risque de contamination par une bactérie pathogène, antibiorésistante ou non, semble en revanche le même.

Au-delà de l’aliment, très peu de travaux ont étudié l’impact sur la santé humaine de l’un ou l’autre des types de produit. L’équipe évoque deux études menées chez des enfants, n’ayant montré aucune différence en termes d’allergie, tandis qu’une autre aurait suggéré une baisse de 36% du risque d’eczéma chez les enfants de 2 ans nourris au bio.

Si les chercheurs y voient une remise en cause des bienfaits supposés du bio, du moins en termes nutritionnels et sanitaires, l’ONG Environmental Working Group (EMG) se félicite des résultats obtenus sur les bactéries multirésistantes et les pesticides. Des agents chimiques dont les conséquences sur la santé, notamment celle de l’enfant exposé in utero, sont de mieux en mieux décrits.

«Au cours des deux dernières années, plusieurs études ont établi un lien entre une exposition aux pesticides organophosphorés et un risque accru de troubles du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et un plus faible QI chez les enfants, ainsi que de faible poids de naissance et de naissances prématurées», rappelle le président de l’EWG, Ken Cook.

Un phénomène passé sous silence dans la méta-analyse conduite par l’équipe de Stanford. Et pour cause, ce risque n’a jamais été étudié qu’en termes d’exposition aux pesticides, jamais en fonction des modes de consommation.

 

 



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