Le bio résiste à la crise
Le 19 mai 2010 par Sabine Casalonga
La production et la consommation de produits bio ont augmenté, en 2009, une hausse qui se poursuit en 2010, d’après les chiffres de l’Agence Bio rendus publics, mercredi 19 mai. Pourtant, les objectifs du Grenelle en termes de surfaces bio et de restauration collective sont encore loin d’être atteints.
En ces temps noirs pour l’économie, tous les indicateurs du marché Bio sont au vert. Côté production, le nombre d’exploitaitons en agriculture biologique a augmenté de 23% en 2009 pour atteindre un total de16.446 fermes. Soit 3.769 de plus en un an. Environ 300 exploitations bio se créent donc chaque mois. Cette tendance à la hausse semble d’ailleurs s’accélerer. Durant le premier trimestre, 1.500 nouvelles fermes bio ont vu le jour.
Prolifiques, elles représentent toutefois une part encore modeste (3,14%) de l’ensemble des exploitations françaises. En outre, le bio a atteint 2,46% de la surface agricole utilisée (SAU) fin 2009, soit moins de la moitié de l’objectif du Grenelle de l’environnement de 6% en 2012, voire de 20% en 2020.
Présidente de l’Agence Bio, Elisabeth Mercier reste néanmoins confiante pour l’avenir. « Au rythme actuel de conversion, on devrait atteindre 6% d’exploitations bio en 2012. En termes de SAU, on verra aussi une amplification en 2010. Les objectifs du Grenelle sont essentiels pour donner le cap et l’impulsion mais, ils sont évidemment ambitieux et pour les décliner, il faut tenir compte des spécificités des régions et des filières », explique-t-elle.
La situation est en effet très contrastée selon les régions et les filières. En Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) et en Languedoc-Roussillon,on a déjà dépassé les objectifs du Grenelle, avec respectivement 8,7% et 6,4% de SAU bio en2009. A contrario,la Picardie ,la Haute-Normandieet l’Ile-de-France sont en queue de peloton avec une SAU bio inférieure à 1%. Côté départements, 14 ont une SAU bio supérieure à 6% en 2009 ;la Loire-Atlantique , l’Aveyron etla Drômeétant les meilleurs élèves. A l’échelle des filières, la vigne demeure en tête, avec près de 40% de croissance de surfaces bio entre 2008 et 2009, devant les fruits et légumes (+20%), les surfaces en herbe et fourrages pour l’élevage (+14%) et les grandes cultures (+13%)
Côté consommation, les ventes des produits alimentaires bio ont atteint 3 milliards d’euros en 2009, en hausse de 19% par rapport à 2008. Cela représente 1,9% des achats alimentaires totaux (vs 1,1% en 2005). Les ventes ont augmenté dans l’ensemble des secteurs, même si les produits laitiers et œufs, l’épicerie (thé, café, cacao), les fruits et légumes et le pain demeurent les produits phares. Cette dynamique se poursuit en 2010, au regard des chiffres d’affaires réalisés au 1 er trimestre dans les grandes surfaces (45% du marché bio).
Les raisons du « succès » des produits bio seraient à chercher dans « l’évolution de la conscience environnementale chez les consommateurs », dans « l’intérêt croissant des distributeurs » et dans les aides publiques aux agriculteurs.La PACprévoit, en 2010, pour la première fois, des aides de l’ordre de 100 € par hectare pour le « maintien » en surface bio et non plus seulement pour la « conversion » des surfaces. Notons toutefois que le projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche (LMAP), présenté au Sénat mardi 18 mai, par le ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire, ne souffle pas un mot sur l’agriculture biologique… « Il fait référence implicitement au bio en instaurant une orientation forte vers une agriculture durable dont le bio est l’expression la plus aboutie», a voulu rassurer la présidente de l’Agence bio.
Dans la restauration collective, les achats bio ont plus que doublé en un an. La part des restaurants collectifs proposant du bio –au moins de temps en temps– est passé de 36% en 2009 à 40% et 2010, pour un total de 29.000 établissements. Ce taux pourrait atteindre 77% d’ici à 2012. Ces résultats sont toutefois à tempérer. De fait, seules 13% de ces cantines proposent des produits bio tous les jours en 2010 (contre 5% en 2009) et 49% au moins une fois par mois (36% en 2009). Le Grenelle a fixé l’objectif de 20% de produits bio dès 2012 dans les cantines publiques.
Autre point faible de la filière française : les importations. 38% des produits bio ont été importés en 2009 dont 25% issus de pays européens voisins (Espagne, Allemagne …). « A partir de 2011, on pourra satisfaire les attentes de l’ensemble des consommateurs par des circuits proches [intra-européen] », a précisé Elisabeth Mercier. Dans l’UE, 5 pays totalisent plus de 75% des ventes de produits bio : Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne, France et Italie. L’Espagne arrive en tête en termes de surface bio, loin devantlaFrance , en 5 e position, mais devra relever le défi dela consommation. L ’Allemagne demeure le premier consommateur européen, devant la France en 2 e place.
POUR ALLER PLUS LOIN
Dans la même rubrique
Chine: baisse des rendements agricoles à l’horizon 2050
02/09/2010
Le riz, une autre source de contamination au mercure
02/09/2010
Classement du PNR Scarpe-Escaut
02/09/2010




















Voir tous nos évenements