Le bilan de Rio: un désastre

Le 06 juin 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Bientôt le point de non retour.
Bientôt le point de non retour.

Deux semaines avant l’ouverture du sommet Rio +20, le Pnue dresse l’état de l’environnement mondial. Conclusion des experts onusiens: la planète est au bout du rouleau. «Les phénomènes biophysiques de notre planète sont poussés à leur extrême limite et dans certains cas, la ligne rouge est franchie», écrivent-ils.

Le premier sommet de Rio, dont nous fêterons dans quelques jours le 20e anniversaire, avait un ambitieux agenda. Reprenant à son compte les thèses développées, 5 ans plus tôt, par le rapport Brundtland, diplomates, experts et autres négociateurs devaient trouver les moyens de conjuguer efficacement développement économique et protection de l’environnement. Un concept des plus flous qu’on allait rapidement résumer en «développement durable».

A Rio, en 1992, la centaine de chefs d’Etats et de gouvernements présents à la conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement ne chômèrent pas. Trois conventions-cadres furent adoptées: sur les changements climatiques, la biodiversité et la lutte contre la désertification. Les forêts ne passionnèrent pas les foules de politiques: on se contenta d’une déclaration de principe. Bien qu’elle couvre les deux tiers de la planète, la mer ne fut pas évoquée lors de ce troisième sommet de la terre, après ceux de Stockholm et de Nairobi.

Alors que les Cariocas achèvent les derniers préparatifs de Rio +20, quel bilan peut-on tirer de 20 ans de «développement durable»? Le programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) s’est collé à l’exercice. Et les conclusions qu’il rend aujourd’hui dans son énorme rapport Géo 5 sont plus que déprimantes.

Pour évaluer l’état de la planète, les experts onusiens ont établi 500 indicateurs, sur des sujets aussi divers que la qualité de l’air, la pollution des eaux, les changements climatiques, la pêche, la déforestation ou la dispersion des produits chimiques. Hélas, faute de données crédibles suffisantes (notamment sur les déchets, la pollution de l’eau douce, les produits chimiques), 90 de ces objectifs ou cibles environnementaux ont pu être évalués. Et là, le constat onusien est sans appel: «Seuls 4 d’entre eux [ont] enregistré des progrès significatifs.»

Hormis donc la suppression de la production et de l’utilisation des molécules grignotant la couche d’ozone stratosphérique (les CFC et leurs cousins), l’élimination du plomb dans les carburants, l’amélioration de l’accès à une eau de meilleure qualité et la promotion de la recherche en matière de lutte contre la pollution marine, rien n’a progressé significativement ces deux dernières décennies. «Le monde ne s’oriente toujours pas vers une voie durable malgré les quelque 500 objectifs fixés au niveau international pour soutenir une gestion durable de l’environnement et renforcer le bien-être humain», résument les auteurs du Géo 5.

Si l’on tente de dresser l’état des lieux des grands milieux composant notre biosphère, le bilan n’est guère meilleur.

L’atmosphère, tout d’abord. On l’a vu, les concentrations de plomb et de chlorofluorocarbures ont fortement décru. «Les économies générées par l’élimination du plomb et la réduction des risques sanitaires associés s’élèveraient à 2.450 milliards de dollars (1.910 milliards d’euros) par an, ce qui représente environ 4% du PIB mondial», rappellent les experts onusiens.

La pollution de l’air n’illustre pas non plus le succès des politiques publiques. Les particules polluant nos intérieurs tuent toujours près de 6 millions de personnes par an. Fruit de nos déplacements automobiles et des combustions dans les villes, l’ozone de basse altitude épingle 700.000 victimes à son tableau de chasse annuel, essentiellement en Asie. A la campagne, la situation n’est pas meilleure: «Les pertes économiques mondiales dues à la baisse de la production agricole provoquée par la pollution de l’air s’élèveraient entre 14 et 26 Md$ (entre 11 et 20,5 Md€) par an».

Grande oubliée de Rio 1992, la mer est en piètre état. Seulement 1,6% de sa surface fait l’objet d’une protection, alors que les objectifs d’Aichi, adoptés en 2010, prévoient qu’en 2020, 10% de la surface des mers et des océans soient protégés. Et le plus tôt sera le mieux. Depuis les années 1950, les captures de poissons ont plus que quadruplé, réduisant les capacités de reconstitution de nombreux stocks. «En 2000, les captures auraient pu être entre 7% et 36% plus importantes si les stocks n’avaient pas été menacés», souligne le rapport. Directement soumise aux pressions anthropiques, la bande littorale accuse le coup. «Sur 196 zones littorales mortes répertoriées dans le monde, seules 13 sont en voie d’amélioration tandis que 415 zones côtières sont touchées par l’eutrophisation.»

Sujet régulièrement évoqué par le JDLE, la qualité et la ressource des eaux terrestres souterraines sont des sujets d’inquiétude. «Depuis 2000, les ressources souterraines ne cessent de se détériorer, alors que la consommation mondiale a triplé au cours des 50 dernières années.» Cette situation ne risque pas de s’arranger de sitôt: «158 des 263 bassins mondiaux d’eau douce ne bénéficient toujours pas de cadre de gestion collective». La faune s’en ressent d’ailleurs. Plus de 90% des espèces testées sont contaminées par des pesticides.

A terre, quelques progrès ont été accomplis, indiquent les rapporteurs, notamment pour l’amélioration de l’accès à la nourriture. Mais rien n’indique que ce résultat soit pérenne. «Les demandes en nourriture, carburant, fibre et matière première, qui entrent en concurrence les unes avec les autres, continuent à exercer une pression de plus en plus forte sur les terres, ce qui contribue à aggraver le niveau de déforestation.» Laquelle progresse encore de 13 millions d’hectares par an.

Le chapitre dédié à la biodiversité n’est pas non plus des plus réjouissants. Faute d’accord international pour réduire l’érosion de la biodiversité, celle-ci… s’érode. Les récifs coralliens ont ainsi reculé de 38% depuis 1980. Et environ 1 espèce de vertébré sur 5 est menacée.

L’optimisme n’est pas de mise pour les changements climatiques. «Si aucune transformation n’est apportée aux modèles de consommation actuels, les émissions de gaz à effet de serre pourraient doubler au cours des 50 prochaines années et provoquer une hausse de la température mondiale de 3°C ou plus d’ici la fin du XXIe siècle.» Un constat partagé par les climatologues. Lesquels, comme les auteurs du pavé du Pnue, s’inquiètent de l’une des principales conséquences desdits changements climatiques [JDLE]: la recrudescence des événements climatiques extrêmes. «Le nombre de catastrophes liées aux inondations ou à la sécheresse a augmenté de 230% et de 38% respectivement entre les années 1980 et 200, tandis que le nombre de personne exposées aux inondations est en hausse de 114%.»

Outre leur screening thématique, les experts du Pnue ont évalué les performances environnementales des grandes régions du monde. A cet égard, l’Europe fait figure d’un bon élève… qui pourrait faire mieux. L’Européen consomme encore beaucoup trop de ressources naturelles et en réutilise fort peu. «Seuls 38% des déchets locaux sont réutilisés ou recyclées dans l’UE.» Inquiétant si l’on se souvient que la production de déchets dans le Vieux monde devrait progresser de 60 à 84% entre 2003 et 2035. L’héritage soviétique est aussi difficile à solder. «En Europe de l’Est, des déchets industriels de la période communiste posent encore des problèmes écologiques», soulignent les auteurs. Un seul exemple: les vieux pesticides. Selon les estimations, les anciens pays du bloc soviétique stockeraient près de 300.000 tonnes de pesticides obsolètes. Une sacrée menace pour l’eau et les espèces aquatiques. A propos d’eaux, le Pnue s’inquiète des ravages de l’eutrophisation: «une menace majeure pour les ressources en eau douce européennes». Et ce n’est pas en Bretagne que l’on dira le contraire!



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