«Le 15 mars, c’est le début d’un printemps climatique»

Le 15 mars 2019 par Stéphanie Senet
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Romaric Thurel, 23 ans, coordonne le mouvement YouthForClimate en France
Romaric Thurel, 23 ans, coordonne le mouvement YouthForClimate en France

Romaric Thurel, 23 ans, est le jeune coordinateur de YouthForClimate. Un mouvement national à l’origine des 230 grèves organisées ce 15 mars dans des collèges, lycées et universités français.

Comme décririez-vous le mouvement YouthForClimate?

Ce n’est pas une association. C’est une bannière et une interface. Une bannière avec des principes: la jeunesse et le caractère apartisan, non-violent, et indépendant des grandes organisations. Chacun peut prendre cette bannière tant qu’il respecte ces principes. Ensuite, c’est une interface entre différentes mobilisations: internationale et française, nationale et locale, entre les organisations de jeunes et les autres. L’idée est de catalyser un certain nombre de moyens pour donner aux jeunes, clé en main, toutes les possibilités pour s’engager à leur échelle et selon leur niveau de détermination. En résumé, c’est un ‘rush’ de moyens logistiques et de visibilité.

Vous êtes aussi soutenu par de grandes organisations…

On fait partie de deux cadres interassociatifs: l’un sur la jeunesse, regroupant Unef[1], Fage[2] et Animafac, et l’autre composé d’une vingtaine de grandes organisations, comme Greenpeace, qui nous aident notamment à former nos baby-activistes. Ces ONG nous apportent du soutien logistique et humain. Ensemble, on cherche à relier toutes les personnes à l’échelle locale.

Quelles sont vos principales revendications?

Jusqu’à présent, nous n’avons connu que la crise et l’urgence. J’avais 12 ans quand la crise financière est arrivée. A 16 ans, c’était les attentats. Sans parler de la crise climatique qui nous accompagne depuis plusieurs années maintenant. Finalement, notre génération n’a vécu que dans la peur. Et ce qui se passe en ce moment, c’est que nous transformons cette peur en détermination. Nous avons déjà pris conscience des enjeux, nous avons déjà modifié nos comportements de vie en étant attentifs à l’environnement, en devenant végétarien, etc.

Maintenant, nous voulons passer au niveau supérieur en organisant des marches, en organisant des actions non-violentes comme les décrochages de portraits de Macron en mairie ou la remise de diplômes aux entreprises les plus polluantes, ou même de désobéissance civile comme celles organisées par Greenpeace. C’est ce que j’appelle le couloir de l’engagement. J’ai l’impression que les mouvements de jeunes sont beaucoup plus déterminés que les mouvements citoyens adultes. Sans doute parce qu’en 2050, nous ne serons pas morts. La préoccupation écologique est la première préoccupation des jeunes, devant l’insertion à l’emploi. Plusieurs sondages le montrent. Il faut absolument changer l’immobilisme de nos gouvernants et des élites. Cette inaction nous expose à des centaines de milliers de morts à court terme. Pour l’instant, tous ces jeunes ont rejoint un mouvement non-violent et créatif. Mais demain, si rien ne se passe, cela pourrait changer.

Quelle mobilisation avez-vous prévu le 15 mars ?

Officiellement, YouthForClimate rassemble, ce 15 mars, des grèves dans plus de 200 villes comme Paris, Lyon, Bordeaux, Marseille, Nancy, Nantes, Nice. On pense que cela représentera de 100.000 à 200.000 personnes dans la rue. Nous ne sommes pas seulement des lycéens mais aussi des étudiants et de jeunes travailleurs. Il y a même des jeunes de 10 ans qui veulent faire un sitting dans leur école primaire et des jeunes militants chevronnés de 20 ans qui préparent des actions-chocs. Le 15 mars, c’est un point de départ. C’est le début d’un printemps climatique qui devrait se tenir jusqu’en mai.

Vous coordonnez-vous avec le mouvement initié par Greta Thunberg?

Greta a débuté sa grève en septembre dernier et a été rejointe par d’autres jeunes. Un mouvement international s’est créé, Fridays for future, autour de ces jeunes qui prennent leur pancarte pour appeler à l’action climatique devant les lieux de pouvoir. Ensuite, des mouvements se sont créés dans chaque pays comme YouthforClimate en France.

Vous êtes étudiant?

J’ai 23 ans et je suis une double licence en droit et en économie à Nancy. J’ai trois engagements principaux: l’éducation populaire, avec 10 ans de scoutisme derrière moi, les mouvements étudiants et surtout la mobilisation climatique. Je suis co-coordinateur du groupe local de Greenpeace et j’ai organisé plusieurs marches ‘adultes’ pour le climat en octobre et en décembre derniers. J’étais bien sûr à celle du 22 février aux côtés de Greta. Mais je crois que l’élément détonateur, c’est la démission de Nicolas Hulot. Naturellement, je me suis mis à organiser celle du 15 mars pour les jeunes. En ce moment, j’y passe 90 heures par semaine. Et ce n’est bien sûr pas fini. Les rencontres nationales YouthForClimate vont se dérouler à Nancy les 13 et 14 avril. On va préparer la nouvelle mobilisation nationale du 24 mai. Et il y en aura une autre le 27 septembre.

 

Action à la Société générale / Ce 15 mars au matin, 140 jeunes de YouthForClimate ont bloqué le siège de la Société générale à La Défense. Ils dénoncent les investissements de cette banque dans les énergies fossiles. «C’est tout un secteur de l’économie que nous souhaitons mettre face à ses responsabilités. Plus de double discours: nous demandons aux banques de stopper l’expansion des énergies fossiles», affirme Claire Renauld de YouthForClimate.

 

 



[1] Union nationale des étudiants de France

[2] Fédération des associations générales étudiantes

 



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