Lanceurs d’alerte: les Verts européens lancent un «EULeaks»

Le 29 septembre 2016 par Romain Loury
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Un outil contre l'opacité bruxelloise
Un outil contre l'opacité bruxelloise

Les Verts européens ont annoncé, mardi 27 septembre, le lancement d’une plateforme destinée aux lanceurs d’alerte, la première ayant trait spécifiquement au fonctionnement de l’UE. Présenté comme un outil contre l’opacité des autorités européennes, cet «EUleaks», du fait qu’il est initié par un mouvement politique, n’est pas sans poser des questions. Aussi bien en termes de neutralité de l’analyse que de vérification des documents.

Que ce soit sur les perturbateurs endocriniens, le glyphosate, le «dieselgate», la qualité de l’air, voire sur divers conflits d’intérêt touchant des personnalités européennes (José Manuel Barroso désormais président non exécutif de la banque Goldman Sachs, l’ex-commissaire Neelie Kroes directrice d’une entreprise offshore aux Bahamas pendant son mandat, l’ex-commissaire au climat Connie Hedegaard embauchée au comité de la durabilité de Volkswagen), force est d’admettre que transparence et éthique laissent souvent à désirer du côté de Bruxelles.

«Nous sommes en pleine opacité, que ce soit à la Commission européenne, au Conseil européen ou en termes d’influence des lobbies», constate l’eurodéputée française Michèle Rivasi (EELV). D’où l’idée de lancer une plate-forme européenne pour les lanceurs d’alerte, leur permettant de livrer des documents d’intérêt général en tout anonymat. Annoncée mardi par 12 eurodéputés verts, cet «EUleaks» n’est accessible, via le site greens-efa.eu, que par le navigateur TOR, qui garantit la confidentialité des personnes connectées –même auprès des gestionnaires de la plate-forme.

«Nous le mettons en place parce ça n’existe pas: avec la directive sur le secret d’affaires, les journalistes vont être confrontés à de grandes difficultés, c’est un vrai recul pour la démocratie. Et plein de documents ne sont consultables uniquement que dans des salles de lecture, qu’on n’a pas le droit de copier», rappelle l’eurodéputé français Pascal Durand (EELV).

Plus qu’un «Greenleaks»?

Si l’anonymat du lanceur d’alerte est garanti, plusieurs questions se posent toutefois, notamment en matière d’analyse des documents, ou de décision de divulguer (ou non) des informations. Et ce du fait de l’identité des destinataires de ces documents –un courant politique, par essence non neutre. Cet «EUleaks» sera-t-il un peu plus qu’un «Greenleaks»?

«Les Verts européens ne constituent pas un parti politique: c’est un mouvement avec plein de sensibilités différentes. Et rien ne dit que d’autres députés ne souhaiteront pas nous rejoindre», indique Pascal Durand. Pour Michèle Rivasi, il s’agit avant tout d’«une initiative citoyenne pour la transparence», une valeur «qui est dans l’ADN» des Verts.

S’il salue l’initiative, Martin Pigeon, chercheur à l’ONG Corporate Observatory Europe (CEO), est de ceux qui s’interrogent sur la qualification d’un mouvement politique à lancer une telle initiative.Sous le terme de «lanceurs d’alerte», peuvent en effet se cacher «des personnes qui ont intérêt à ce que l’on parle d’un sujet, que l’on publie dessus: on peut se demander quel mécanisme [les Verts] ont mis en place pour ne pas être instrumentalisés», peut-être même avec de faux documents, juge-t-il.

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Qui sera chargé de la vérification? Les 12 eurodéputés, selon l’expertise de chacun: Michèle Rivasi sur la santé et l’environnement, Eva Joly sur la corruption, etc. Quitte à faire appel à des experts extérieurs, tels qu’associations, entreprises, voire journalistes, au cas par cas. «Dans les faits, nous recevons déjà des documents de manière individuelle, nous sommes déjà bien identifiés par les associations», explique Pascal Durand.

Quant à la décision de divulguer ou non, elle sera de même prise par les eurodéputés écolos. Ce qui soulève aussi quelques questions quant à la neutralité du contenu qui sortira d’EUleaks, selon ce qu’il sera jugé bon, ou non, de diffuser. Notamment dans le cas, théorique, où un document toucherait un Vert ou une personnalité proche d’eux -par exemple un allié politique.

Certes, on imagine mal quel intérêt un lanceur d’alerte aurait à poster un tel document sur un site géré par les Verts. «Nous nous attendons plutôt à recevoir des documents sur les liens entre la Commission et les lobbies», prévoit d’ailleurs Michèle Rivasi, évoquant la possibilité de comptes-rendus d’activité, par exemple sur une base annuelle.

Hasard du calendrier, la Commission lancera vendredi 30 septembre, en interne, une stratégie de lutte contre les fuites, afin d’empêcher que des documents confidentiels se retrouvent dans les mains de la presse, a révélé mardi le site Euractiv. Et ce sous prétexte d’éviter des atteintes à sa réputation, alors que le manque de transparence est prétendument chose révolue. Ce qui provoque la colère des syndicats, qui craignent l’avènement de «pratiques inquisitoriales» et un risque de harcèlement moral des employés.



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