Lait maternisé: un «stress métabolique» pour le nourrisson

Le 19 juin 2013 par Romain Loury
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L'allaitement exclusif est conseillé pendant les premiers mois
L'allaitement exclusif est conseillé pendant les premiers mois

Le lait maternisé entraîne chez les nourrissons des modifications du métabolisme et de la flore intestinale qui pourraient induire un risque de maladies chroniques à l’âge adulte, dont l’obésité et le diabète, selon une étude américaine menée chez le macaque.

«La période postnatale immédiate est un moment, particulièrement vulnérable, pendant lequel les enfants se développent rapidement: elle devrait être considérée comme une fenêtre temporelle critique, ayant des implications sur la future santé de l’individu», commente l’équipe de Carolyn Slupsky, nutritionniste à l’University of California à Davis. Dès lors, il n’est pas certain que le «stress métabolique» engendré par le lait maternisé ait les meilleures conséquences.

Publiée dans le Journal of Proteome Research, cette étude a porté sur 10 nourrissons de macaques rhésus (Macaca mulatta), répartis en deux groupes: 5 étaient allaités au sein par leur mère, les 5 autres nourris seulement avec du lait maternisé [1]. Trois mois plus tard, les deux groupes présentaient des différences sur quasiment tous les critères évalués, jamais en faveur du second groupe.

Premier constat: le lait maternisé, qui favorise une prise de poids plus rapide, entraîne une production plus élevée d’insuline, suggérant une plus forte propension du futur adulte à l’obésité et au diabète. Ces jeunes macaques présentent par ailleurs un état inflammatoire plus marqué, caractérisé par des taux sanguins plus élevés de certaines cytokines (TNF-alpha, interféron-gamma, etc.); là aussi, un présage de maladies chroniques.

Au niveau intestinal, les deux genres bactériens les plus abondants de la flore évoluent de manière divergente dans les deux groupes. Les Lactobacillus sont en hausse chez les nourrissons allaités au sein, en baisse chez ceux ayant reçu du lait maternisé; à l’inverse des bactéries Ruminococcus, qui s’épanouissent surtout dans ce dernier groupe.

Voilà qui devrait conforter un peu plus l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui conseille «vivement» l’allaitement exclusif jusqu’à au moins 4 mois, si possible 6 mois. Un domaine dans lequel la France se place loin derrière d’autres pays européens, avec seulement 35% de nourrissons allaités de manière exclusive à l’âge de 1 mois, selon les données de l’étude Epifane.

[1] Si les chercheurs ont opté pour ce modèle animal, c’est en raison de sa grande proximité métabolique avec l’homme, notamment en termes de flore intestinale.



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