Lagarde: comment la planète peut garder son triple A

Le 13 juin 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le changement climatique est le challenge à relever pour cette génération.
Le changement climatique est le challenge à relever pour cette génération.

Dans un discours remarqué, la directrice générale du Fonds monétaire international dresse le tableau des réformes qui permettront de conjuguer relance économique, hausse des niveaux sociaux et protection de l’environnement. A méditer.

L’organisation de grands sommets internationaux sur la préservation de la planète libère parfois la parole des grands leaders. Rio +20 ne fait pas exception à la règle. Pour preuve: Christine Lagarde, dont on ignorait jusque-là l’intérêt qu’elle porte aux questions environnementales, a présenté, hier 12 juin, sa vision de l’économie verte. Laquelle devrait bousculer certaines idées reçues.

L’ancienne ministre de l’économie n’a, tout d’abord, pas cherché à minorer les menaces pesant sur la planète. «Nous sommes confrontés à une triple crise: une crise économique, une crise environnementale et, de plus en plus, une crise sociale. L’économie mondiale reste secouée par des turbulences, avec des perspectives incertaines en matière de croissance et d’emploi. La planète se réchauffe rapidement, avec des conséquences inconnues et peut-être terribles à terme. Dans trop de sociétés, l’écart entre les nantis et les démunis se creuse, et les tensions s’accentuent. Bien qu’elles soient distinctes, ces différentes menaces se renforcent mutuellement par le biais de mécanismes complexes. Nous ne pouvons pas nous attaquer à chacune de ces menaces isolément. Nous devons produire un cercle vertueux et éviter un cercle vicieux.»

Pour produire ce cercle vertueux, trois types d’action, estime-t-elle, doivent être conduites en parallèle: «partir sur de bonnes bases», «bien établir le prix d’une économie verte» et «arriver à une croissance mieux partagée».

Sans surprise, le redémarrage de la machine économique suppose, indique la directrice générale du FMI, de réduire l’endettement des pays riches, de soutenir leurs banques, de réformer leur marché du travail. Les pays émergents qui le peuvent devront, eux, «diversifier leur économie», «s’intégrer sur le plan commercial» et surtout «investir davantage dans les infrastructures». Vertes, bien sûr.

Relancer la croissance, donc, «mais en la plaçant sur une autre voie qu’avant la crise. Nous savons tous que la croissance économique peut nuire à l’environnement et que la dégradation de l’environnement peut à son tour nuire aux résultats économiques. Nous devons bien établir le prix de l’économie verte». Et c’est là que les élites américaines ou chinoises risquent de déchanter. Rappelant que le changement climatique «est manifestement l’un des plus grands défis de notre époque», l’ex-avocate plaide pour la mise en vigueur de marché de quotas de gaz à effet de serre (comme dans l’Union européenne), de taxes environnementales, mais aussi de taxe carbone aux Etats-Unis et pour les secteurs aérien et maritime.

«Aux Etats-Unis, par exemple, une taxe sur le carbone d’environ 25 dollars (20 euros) par tonne de CO2, qui relèverait le prix d’un gallon d’essence de 22 cents, pourrait rapporter environ 1% du PIB, soit plus de 1.000 Md$ (778 Md€) sur 10 ans. Les taxes sur les émissions aériennes et maritimes internationales rapporteraient environ un quart des 100 MD$ (78 Md€) nécessaires pour l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets dans les pays en développement, des ressources que les pays développés se sont engagés à mobiliser d’ici 2020.»

Mais le CO2 n’est pas tout. Christine Lagarde préconise aussi une revalorisation du prix de l’eau destinée à l’irrigation. «Les agriculteurs dans les pays riches ne paient pas assez, s’ils paient quoi que ce soit, pour des ressources en eau de plus en plus rares.» Reprenant à son compte les arguments développés depuis des années par l’Agence internationale de l’énergie, elle appelle aussi à l’élimination des subventions à la consommation d’hydrocarbures. «Un grand nombre de pays continuent à subventionner des systèmes énergétiques polluants. Ces subventions sont coûteuses pour le budget et pour la planète. Les pays doivent les réduire.»

Le redémarrage de l’économie, fut-elle verte, devra profiter à tous, souligne toutefois l’ancienne ministre de l’agriculture et de la pêche. Aussi, les gouvernements devront-ils réformer leur système fiscal. Les plus pauvres pour dégager les recettes nécessaires au financement de dispositifs de protection sociale. Les plus riches pour «lutter contre la fraude et l’évasion fiscales, accentuer la progressivité de l’impôt pour les hauts revenus et protéger les transferts sociaux qui favorisent une répartition plus équitable de la richesse».

Chiche?

 



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