La violence au travail peut mener à la dépression

Le 11 août 2006 par Claire Avignon
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Une équipe de recherche danoise a mené une étude qui associe le risque de dépression et de stress aux violences et autres intimidations qui ont lieu au travail. Elle appelle les gouvernements à en faire une priorité en matière de santé au travail.

Le sujet revient régulièrement, mais apparaît bien difficile à circonscrire. La violence (1) au travail ne cesserait d'augmenter, qu'il s'agisse d'une violence d'origine externe (travailleurs en relation avec des usagers) ou interne (notamment le harcèlement moral). L'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail l'a clairement identifiée comme risque émergent. En France, une commission «violence, travail, emploi, santé» a été créée au sein du Plan violence et santé. Pourtant, peu de mesures voient le jour, à l'échelle européenne ou nationale. C'est pourquoi des chercheurs danois demandent que la prévention de la violence dans les lieux de travail devienne une priorité dans les politiques de santé et sécurité.

Leur requête s'appuie sur une étude parue dans le numéro de septembre du Journal of epidemiology and community health. Les Danois ont étudié le cas de 14.000 patients hospitalisés ou bénéficiant d'une consultation externe, traités pour dépression ou stress (2) entre 1995 et 1998. Comparé à une population témoin de 38.000 personnes sans troubles mentaux, il est apparu que les femmes et les hommes exposés à la violence dans le cadre de leur emploi ont un risque de dépression respectivement 45% et 48% plus élevé que les travailleurs n'en subissant pas. Quant au stress, le risque relatif atteint 33% et 55%.

Les professions les plus touchées se trouvent dans les secteurs de la santé, de l'éducation et des services sociaux. Les hommes y subissent davantage de violence que les femmes. Une tendance généralisable à la plupart des secteurs, excepté dans le cas des services clientèles, du BTP et des postes de directeur général.

Mais l'étude montre également que la violence ne se limite pas aux seuls secteurs du service à la personne sur lesquels la plupart des recherches se focalisent. «Les études précédentes signalaient des détresses psychologiques et de la frustration après avoir subi une intimidation ou de la violence dans les métiers de services, mais cette étude montre que dans n'importe quel emploi elles peuvent entraîner de sérieux troubles mentaux qui nécessitent une hospitalisation dans un centre spécialisé ou une consultation externe», expliquent les chercheurs.

Selon eux, «la seule conscience d'un risque potentiel de violence au travail peut créer un état d'alerte chronique qui contribue au développement d'une dépression ou d'un stress».

Pour lutter contre ce risque, les auteurs de la publication proposent de développer les formations où les employés s'entraîneraient à faire face à des situations professionnelles potentiellement violentes. Ils estiment par ailleurs nécessaire de développer des moyens pour diminuer les conséquences de la violence en fournissant notamment un soutien aux victimes.

En France, le groupe de travail sur la violence et la santé a abouti à la même conclusion, en recommandant, en mai 2005, une meilleure formation des membres des Comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), et des cadres et dirigeants d'entreprise; «d'autant que le privilège accordé, dans les écoles, à la gestion au détriment du travail contribue à l'évolution de méthodes de direction et d'organisation du travail vers des modalités qui favorisent l'accroissement de la violence», indique le rapport. Mais, 14 mois après la publication des travaux préparatoires, le Plan violence et santé n'est toujours pas paru.



(1) Selon l'OMS, la violence est «l'usage délibéré ou la menace d'usage délibéré, de la force physique ou de la puissance contre soi-même, contre une autre personne ou contre un groupe ou une communauté, qui entraîne ou risque fort d'entraîner un traumatisme, un décès, un dommage moral, un mal-développement ou une carence».

(2) Selon l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, le stress «survient lorsqu'il y a déséquilibre entre la perception qu'une personne a des contraintes que lui impose son environnement et celle qu'elle a de ses propres ressources pour y faire face. Bien que le processus d'évaluation des contraintes et des ressources soit d'ordre psychologique, les effets du stress ne sont pas uniquement de nature psychologique. Il affecte également la santé physique, le bien-être et la productivité.»




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