La vie des réfugiés

Le 10 mars 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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Ancien pêcheur, Akiyasu Sato dirige aussi une association de réfugiés.
Ancien pêcheur, Akiyasu Sato dirige aussi une association de réfugiés.
© IRSN - Recoquillé-Bression

Déplacés, ostracisés, dévorés par l’impatience et la jalousie, les déplacés de Fukushima n’ont qu’un espoir: retrouver leur vie d’antan. Ce n’est pas acquis.

La catastrophe de Fukushima est avant tout une histoire d’hommes, de femmes et d’enfants. L’historiographie veut que les premiers ordres d’évacuation des riverains de la centrale aient été donnés quelques heures à peine après le tsunami. C’est vrai. Le 11 mars 2011, vers 19 h (moins de 4 h après le déferlement de la vague), la préfecture de Fukushima ordonne le départ des habitants vivant à moins de 2 kilomètres autour de la centrale nucléaire. Les jours suivant, le rayon de la zone interdite est décuplé.

Mais ces ordres ne sont rien sans… électricité. «Lorsque l’accident s’est produit, se souvient Akiyasu Sato, nous n’avions ni radio, ni télévision. Nous ne savions pas qu’il y avait eu un accident nucléaire. Ce n’est que deux jours plus tard que nous l’avons appris lorsque le courant est revenu.» Aujourd’hui installé à Fukushima (à une soixantaine de kilomètres de la centrale accidentée), l’ancien pêcheur de Litate occupe ses journées à animer l’association des réfugiés de son village.

Se loger «sans travaille

Et il a de quoi faire. Car la vie quotidienne des déplacés n’est pas une sinécure. Logées et indemnisées par les autorités, les populations évacuées (110.000 personnes au bas mot) subissent souvent l’ostracisme. A l’école, les enfants de la côte sont boudés par leurs camarades, soucieux «de ne pas attraper la radioactivité». Les voisins jalousent ces familles qui se sont vu octroyer des appartements et perçoivent des indemnités «sans travailler».

Des histoires circulent sur des jeunes femmes qui se sont exilées à l’autre bout de l’archipel, dans l’espoir de démarrer une nouvelle vie. Malheur à elles, si l’on vient à apprendre qu’elles sont originaires de la préfecture de Fukushima. Vraies ou fausses, ces histoires rappellent étrangement les mésaventures des liquidateurs de Tchernobyl, héros de l’Union soviétique, mais rejetés par leurs proches…

Quelle décontamination?

Les évacués nourrissent un seul espoir: retrouver leur maison, leur vie d’antan. Et c’est là une nouvelle source de discorde. Litate n’a pas été touché uniformément par les retombées de la catastrophe. Environ 80% de sa superficie sont modérément contaminés. Le débit de dose y est compris entre 20 et 50 millisieverts par an (mSv/an). On peut y accéder, y travailler éventuellement, mais pas (encore) y rester pour la nuit. Le sud du village (environ 10% de sa superficie) a été fortement pollué: la réinstallation n’y sera pas possible. Tout contrevenant risque une amende de 100.000 yens (835 euros). A contrario, les habitants dont les maisons se trouvent dans le nord et l’est pourraient s’y réinstaller prochainement. «Cette situation brise la solidarité entre les gens», se désole Norio Kanno.

Pour le maire du village, la situation est difficile à gérer. Légalement, c’est lui qui fixe le niveau de radiation (dans la fourchette de 1 à 20 mSv/an, fixée par l’Etat) dans lequel vivront ses administrés. S’il exige une décontamination totale, les travaux dureront au-delà de 2015. Dans le cas contraire, il anticipe déjà les reproches de ses concitoyens, furieux de vivre dans une zone restée un peu contaminée.

L’hypothétique retour au bercail n’est pas le seul déclencheur de jalousie. Selon les niveaux de contamination, les réfugiés sont plus ou moins indemnisés. On imagine les retrouvailles. Il y en aura-t-il seulement? «Le tiers des habitants veut revenir, un autre tiers ne le veut pas. Les autres n’en savent rien», souligne Norio Kanno.

Sur les 110.000 personnes évacuées, plus de 49.000 se sont exilées hors de la préfecture de Fukushima, dont 674 sur l’archipel tropical d’Okinawa. Il n’est pas acquis qu’elles reviennent un jour.



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