La vallée de l’Arve en croisade contre la pollution de l’air

Le 04 janvier 2017 par Marine Jobert
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Le Mont Blanc, les pieds dans les particules fines.
Le Mont Blanc, les pieds dans les particules fines.
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D’Annemasse à Vallorcine, les élus n’ont pas attendu d’être noyés dans les particules fines pour lutter contre la pollution. Transports publics gratuits, aides à la rénovation énergétique et soutien aux foyers fermés font partie des leviers des maires. A l’Etat d’agir sur les transports de marchandise, exigent-ils. Et d’interdire les foyers ouverts?

Après 33 journées ininterrompues, les concentrations en particules fines sont enfin redescendues à 33 microgrammes par mètre cube. Le préfet de Haute-Savoie a donc levé ce matin l’alerte pollution, déclenchée dès le seuil des 50 μg/m3 (contre 80) du fait de la persistance de l’épisode. Exceptionnelle par sa durée, mais pas par son intensité, la chape de particules fines qu’ont respirées pendant plus d’un mois les quelque 155.000 habitants qui vivent entre Annemasse et Vallorcine (Haute-Savoie) reste toutefois bien supérieure aux seuils sanitaires fixés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS)[1].

600.000 poids lourds par an

C’est que la vallée qui borde le massif du Mont Blanc pour buter sur la Suisse cumule plusieurs handicaps: une topographie encaissée, un tunnel où passent tous les ans 2 millions de voitures et 600.000 poids lourds et une forte tradition de chauffages au bois. Sans compter des conditions anticycloniques qui plaquent la pollution au sol et une fréquentation touristique importante.

Pic injuste

En dépit des apparences, la riposte contre la pollution de l’air a été lancée depuis plusieurs années déjà. «Nous n’avons pas le choix, la santé est en jeu et nous devons être des pionniers pour améliorer la situation», claironnent les 4 maires[2] de la communauté de communes de la vallée (14.000 habitants), qui ont lancé en février 2015 un plan pour la qualité de l’air, pour agir sur les transports, l’énergie et l’habitat. «Cet épisode de pollution a quelque chose d’injuste, confie Eric Fournier au Journal de l’Environnement. Car nous faisons énormément d’efforts», estime le maire de Chamonix, qui préside également l'agence régionale de surveillance de la qualité de l'air. Et d’énumérer les 36 mesures proposées, dont les deux tiers ont déjà été mises en œuvre.

Une gratuité à 5 millions

Comme la gratuité des bus et des trains (une mesure qui coûte 5 millions d’euros par an), qui a fait doubler pour l’un et tripler pour l’autre la fréquentation des transports collectifs. Les anciens bus ont été évincés et ceux roulant aux normes Euro 5 et 6 le seront bientôt; des minibus électriques circulent déjà dans le centre-ville de la cité alpine. «Il faut faire la queue pour recharger sa voiture électrique à la quinzaine de bornes que compte la communauté de communes», se réjouit ce membre de l’UDI, fidèle compagnon de route de Jean-Louis Borloo. Pour le secteur de l’habitat, 4 systèmes d’aides ont été déployés, pour un investissement de 1 M€/an. «Un programme est dédié aux personnes en précarité énergétique, insiste l’édile. Jusqu’à 80% des travaux de rénovation et jusqu’à 15.000 € de travaux, financés par l’Etat et la communauté de communes, peuvent ainsi être pris en charge.» Une déclinaison ouverte à tous existe depuis moins d’un an, qui a déjà attiré une centaine de particuliers, «signe que ça marche».

Interdire les foyers ouverts

Mais que faire contre les feux de bois, qui sont à l’origine de 70 à 80% des émissions de particules à cette période de l’année? «Je suis en faveur de l’interdiction des foyers ouverts sur les territoires sensibles aux particules fines. Il le faut!», tranche Eric Fournier, avocat des techniques et d’une filière bois modernes. Le Chamoniard espère voir bientôt doubler le montant du fonds air bois, mis en place en 2013, passant de 1.000 à 2.000 €. Une aide réservée aux seuls résidents à l’année. «Aux résidents secondaires, j’ai distribué un 4 pages cet hiver pour les inciter à adapter leurs comportements. Certains m’ont dit qu’ils ignoraient tout de leur contribution à la pollution.» Les services administratifs de la mairie ont pour consigne d’instruire les permis de construire en excluant les foyers ouverts et en cas de revente d’un bien, il existe une obligation pour le vendeur de proposer un mode de chauffage moins polluant (label ‘flamme verte’, avec la classe 7 étoiles obligatoire en 2018). «On est en train de démontrer qu’il n’y pas d’inéluctabilité à cette affaire de pollution.»

Bannir les Euro 3 et 4

Hasard du calendrier: les premières discussions autour du nouveau plan de protection de l'atmosphère (PPA) de la vallée de l'Arve pour la période 2017-2022 ont débuté le 3 janvier. Et les élus de la vallée de Chamonix ont un objectif principal: faire assumer à l’Etat ses responsabilités en matière de transport. Notamment en bannissant du tunnel du Mont Blanc d'ici la fin de l'année les poids lourds aux normes Euro 3 et 4. «Avec moins de 10% du trafic poids lourds de transit, ils engendrent néanmoins près de 30% des émissions polluantes et l'autoroute ferroviaire alpine est en capacité d'absorber ce trafic dès maintenant», estiment les édiles. Autre demande: accélérer la mise en œuvre du contrat de plan Etat-Région pour entreprendre la phase 2 des travaux sur la ligne Saint-Gervais-Vallorcine et engager la rénovation de la ligne Annemasse-Saint Gervais, «qui doit devenir un mode de transport du quotidien en complément du Léman Express».

L’après-pic

Eric Fournier en est convaincu: les pics de pollution qui ont frappé le pays ces dernières semaines ont changé la donne: «On a passé un cap. L’engagement de tous me semble maintenant acquis.» Celui qui représente la région Auvergne-Rhône-Alpes face au préfet pour négocier le prochain PPA assure avoir eu «un engagement clair» de Laurent Wauquiez sur la question de la qualité de l’air. «C’est l’approche économique qui l’intéresse, axée recherche, innovation, entreprises, mais aussi environnement», assure l’élu, qui présentera très bientôt un plan global sur la qualité de l’air au président de sa région.

 



[1] L’OMS recommande, pour les PM2.5, 10 μg/m3 moyenne annuelle et 25 μg/m3 moyenne sur 24 heures, et pour les PM10, 20 μg/m3 moyenne annuelle et 50 μg/m3 moyenne sur 24 heures.

 

[2] Vallorcine, Chamonix, les Houches et Servoz.

 



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