La tuberculose bovine sort du bois

Le 25 mai 2011 par Romain Loury
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La tuberculose bovine fait son retour dans plusieurs départements, en grande partie par la faune sauvage, selon un rapport de l’Agence nationale de sécurité de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

Cette maladie [1] a fortement chuté depuis les premières mesures d’éradication prises dans les années 1950: de 25% des élevages touchés, sa prévalence est tombée à 0,016% en 2005. Et son agent, la bactérie Mycobacterium bovis, n’est désormais impliqué que dans 0,5% des cas humains de tuberculose, contre «10% à 30%» en 1958, indique l’Anses dans ce rapport daté d’avril.

Mais à ce train-là, la France pourrait perdre son statut «officiellement indemne», accordé en 2001 par l’Union européenne. Car la maladie est en recrudescence depuis quelques années, avec 97 foyers recensés en 2010 contre 42 en 2004. Si cette hausse ne s’explique que par trois départements (Côte-d’Or, Dordogne, Pyrénées-Atlantiques), la Direction générale de l’alimentation (DGAl) compte redresser la barre au plus vite.
 
Esquissé dans une circulaire du 16 mai, son futur plan de lutte contre la maladie s’articule autour de plusieurs axes: améliorer le dépistage des élevages, accroître leur biosécurité, contrôler les risques liés aux mouvements d’animaux… mais surtout surveiller la faune sauvage, premier suspect du retour de la maladie, et objet de la saisine de l’Anses.
Selon l’agence, «la tuberculose à M. bovis n’a été observée dans la faune sauvage que dans des secteurs où la maladie sévit dans des cheptels bovins, avec la réserve qu’elle a été recherchée de manière plus active dans ces secteurs». «L’infection des populations d’animaux sauvages a donc très probablement pour origine une contamination bovine plus ou moins ancienne, comme cela a été observé ailleurs dans le monde», ajoute-t-elle.
 
En France, la maladie a été retrouvée chez 5 espèces (cerf élaphe, sanglier, blaireau, chevreuil et renard) [2], dont les populations progressent depuis quelques décennies. Selon l’Anses, il s’agit de «limiter les interactions» entre ces animaux et le cheptel bovin, voire d’en «réduire les densités» par la chasse. Et c’est d’abord sur le blaireau [3] que l’agence dégaine, prônant leur abattage «intensif» et «durable» dans un rayon de 1 kilomètre autour du cheptel, la mise en place d’une «zone tampon» dans un rayon de 5 km. Ou leur vaccination par le BCG, selon une méthode testée dans d’autres pays.
 
La tuberculose bovine ne constitue pas «une menace fréquente pour la population humaine», rappelle la DGAl, elle «est principalement diagnostiquée chez des personnes exposées professionnellement (éleveurs, vétérinaires, personnel d’abattoir)». Le risque alimentaire est jugé «très faible», bien que «certaines mesures doivent être précisées, notamment en ce qui concerne les produits au lait cru». Pour l’Anses, l’impact de cette maladie est «essentiellement indirect, en portant atteinte aux échanges commerciaux».
 
[1] Chez les bovins, principaux réservoirs de l’agent Mycobacterium bovis, la maladie peut évoluer de manière inapparente pendant plusieurs années. Même asymptomatique, l’animal peut contaminer d’autres espèces (domestiques ou sauvages) et l’homme.
 
[2] Si des cas épisodiques d’infection par M. bovis ont été identifiés dans la faune sauvage, un seul foyer a été recensé en France, en 2001 chez des cerfs de la forêt de Brotonne, en Normandie.
 
[3] Au Royaume-Uni, les blaireaux, dont au moins 17% seraient infectés, sont considérés comme le premier réservoir de la maladie. Résultat: 14% des élevages bovins du sud-ouest de l’Angleterre sont encore touchés par la tuberculose.
 


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