La tremblante, une maladie zoonotique?

Le 18 décembre 2014 par Romain Loury
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Un mouton atteint de tremblante
Un mouton atteint de tremblante
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La tremblante des petits ruminants pourrait-elle contaminer l’homme, au même titre que l’encéphalopathie spongiforme bovine? L’hypothèse reprend du galon, après une étude française publiée le 16 décembre dans la revue Nature Communications.

A la différence de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), la tremblante (classique ou atypique), qui sévit chez les petits ruminants (ovins, caprins), n’est pas considérée comme une zoonose. Il n’existe en effet aucun cas avéré de transmission à l’homme de sa protéine pathogène, le prion, mais des incertitudes demeurent.

Modèle d’étude de la transmission du prion, le singe est sensible à l’inoculation de prions issus de bovins touchés par l’ESB, ce qui a constitué dans les années 1990 une preuve du caractère zoonotique de cette maladie. En revanche, seul un cas de transmission a été observé avec la tremblante classique chez des ouistitis communs (Callithrix jacchus), sans être reproduit chez d’autres singes.

Or «il existe une divergence entre les séquences de la protéine PrP des primates non humains et de l’homme, qui n’ont que 96% à 99% d’homologie. Et plusieurs études de transmission (…) indiquent qu’une différence d’un seul acide aminé dans la séquence peut altérer la transmission inter-espèces. Ce qui pourrait remettre en cause l’intérêt des primates comme modèles pour l’espèce humaine», explique l’équipe d’Olivier Andréoletti, de l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse.

La souris «humanisée» a parlé

Les chercheurs ont pour leur part recouru à une souris dite «humanisée», exprimant la PrP humaine. Ils ont inoculé dans le cerveau de ces souris du prion de la tremblante, puis après 500 jours, ont réinjecté des extraits de ces cerveaux dans ceux d’autres souris humanisées. Résultat: ce prion avait acquis le même potentiel de transmission que celui de l’ESB, entraînant les mêmes signes cliniques.

«En elles-mêmes, nos données ne prouvent pas de manière définitive un lien de causalité entre une exposition naturelle à la tremblante du mouton et la survenue d’une maladie de Creutzfeldt-Jakob chez l’homme. Mais elles incitent à envisager de nouveau cette possibilité», commentent les auteurs, qui appellent à des études épidémiologiques.

«Chez l’homme, la maladie de Creutzfeldt-Jakob est rare, d’environ 1 à 2 individus par million et par an, alors que la tremblante a circulé chez les petits ruminants pendant des siècles. Si un lien de causalité était établi, il n’y aurait pas lieu, à notre avis, de considérer les agents de la tremblante comme une nouvelle menace majeure pour la santé publique», concluent les auteurs.

La France longtemps adepte de la précaution

Par rapport aux autres pays de l’UE, la France a longtemps gardé des mesures plus strictes contre la tremblante classique, notamment en matière de retrait des matériaux à risque spécifié (MRS) et d’importation de produits laitiers.

Ce qui lui a valu un long bras de fer avec la Commission européenne devant la Cour de justice de l’UE sur les produits laitiers, perdu en juillet 2013. En octobre 2013, elle s’est mise en conformité avec la législation européenne pour les MRS, bien qu’une analyse de l’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments (Anses) ait démontré une légère supériorité préventive de ses mesures.



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