La transparence : objet-phare de la COP 24

Le 12 décembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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Les tractations s'accélèrent.
Les tractations s'accélèrent.
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Pilier de l’Accord de Paris, la transparence effraie aussi bien au Nord qu’au Sud. Spécialiste de l’aide publique à l’Université libre de Bruxelles, Romain Weikmans détaille les enjeux que recouvre cette transparence, au cœur des tractations en cours à Katowice.

 

C’est l’un des gros morceaux des discussions en cours à Katowice: l’argent. D’un côté, les pays les plus industrialisés, en grande partie responsables du dérèglement actuel du climat, se sont engagés à aider les pays vulnérables. De l’autre, un bataillon de pays en développement ou dont l’intégrité peut être menacée par certaines conséquences du réchauffement, réclament à corps et à cris des fonds pour s’adapter à la nouvelle donne et pour infléchir une trajectoire de développement incohérente avec une stabilisation rapide des températures.

imprécisions et méthodologies

La doxa onusienne voudrait que le respect par les pays du Nord de leurs promesses financières permette d’installer une confiance durable entre les nations. Une condition sine qua non au bon déroulement des négociations futures. Ce n’est pas le cas.

Et les raisons sont nombreuses. «Les promesses financières des pays riches sont souvent imprécises», avance Romain Weikmans. Chaque pays donateur comptabilise l’argent qu’il verse (ou promet de verser) comme il l’entend. «Il n’existe aucune méthodologie comptable unique», confirme l’enseignant-chercheur à l’Université libre de Bruxelles.

dons et prêts

Mélanger les dons et les prêts reste un grand classique des annonces censées concilier les bonnes grâces des chancelleries du Sud. Autre possibilité: avoir une vision très large de ce qui est utile pour lutter contre le réchauffement. Certains pays estiment ainsi qu’en améliorant le «climat des affaires» on participe à la stabilisation des températures. Ce qui reste à prouver.

Beaucoup plus discutable est la classification dans la rubrique climatique des 3,2 milliards de dollars (2,8 Md€) octroyés, entre 2013 et 2014, par le Japon aux pays en développement ayant amélioré le rendement de leurs centrales au charbon. En utilisant, si possible, des technologies nippones.

Il y a aussi l’erreur humaine. Il y a quelques années, la Belgique avait bêtement comptabilisé en financement climatique la subvention donnée à la République démocratique du Congo pour l’organisation d’un festival de films érotiques. Là encore, le lien avec le climat n’était pas évident.

55 ou 10 milliards?

Il y a quelques jours, le comité permanent des finances (CPF), institution placée sous la tutelle de la convention Climat, estimait, dans son rapport biannuel, à 55 Md$ (48,4 Md€) le montant de l’aide publique climatique consentie en 2016 aux Etats du Sud: un chiffre en hausse de 30% par rapport à 2014. Un montant correspondant peu ou prou à la trajectoire (officieuse) fixée par les gouvernements s’étant engagés en 2009 à octroyer une aide de 100 Md$ (88 Md€) par an à partir de 2020 aux pays les plus vulnérables. Quelle confiance accorder à ces chiffres?

Une tentative de dépoussiérage a été faite par Oxfam. Après avoir épluché les déclarations des Etats, l’ONG a estimé, en se basant sur les chiffres 2015-2016, que le montant des financements climat des pays du Nord n’était pas de 48 Md$/an, mais de 16 à 21 Md$. «Si les financements pour les projets de développement ne couvrant que partiellement le changement climatique était comptabilisés avec une plus grande exactitude, les flux bilatéraux annuels de financements climat publics pourraient être inférieurs de 10 à 15 Md$ par rapport à ce qui est comptabilisé», indiquait même l’ONG.

enjeux politiques

Malgré leurs conclusions divergentes, les rapports du CPF et d’Oxfam s’accordent sur un point, il faut harmoniser les méthodes de comptabilisation, au Nord comme au Sud. «Cela permettra non seulement de voir où nous en sommes effectivement, d’évaluer l’efficacité de l’argent investi et de voir si tous les sujets et toutes les régions sont bien couverts», complète Romain Weikmans.

La négociation en cours à Katowice est difficile. Les pays du Nord n’ont pas forcément intérêt à montrer la réalité de leurs efforts: «Cela pourrait dégonfler leurs chiffres.» De leur côté, les pays du Sud ne goûtent pas toujours plus à ce souci de transparence. En grossissant une menace réelle ou supposée, on peut ainsi espérer obtenir un plus fort soutien des pays riches. «Derrière chaque décision se cachent des enjeux politiques», résume le scientifique bruxellois.



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