La transition juste, façon canadienne

Le 11 décembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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Il est bon que les syndicats participent à la transition, estime la ministre de l'environnement.
Il est bon que les syndicats participent à la transition, estime la ministre de l'environnement.
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Le Canada entend accompagner socialement la fin du charbon. Un travail inédit qui pourrait servir d’exemples pour d’autres secteurs d’activités menacés par les évolutions en cours.

Passer du noir au vert ne fait pas que des heureux. A mesure que progresse la décarbonation de l’économie, certaines professions, comme les exploitants des centrales consommant des énergies fossiles ou les gueules noires, sont appelées à disparaître. Ce n’est pas une découverte. Et surtout pas pour le Canada.

plateforme de réflexion

En janvier dernier, les syndicats y ont obtenu la création d’une plateforme de réflexion sur l’aspect social de la transition énergétique. La mission de cet aréopage de 11 personnes toutes issues des milieux syndicaux et environnementaux: élaborer des solutions pour rendre la mutation équitable pour les collectivités et les travailleurs des centrales au charbon canadiennes. «Cela nous a pris deux ans pour convaincre le gouvernement canadien de monter ce groupe de travail [task-force], mais nous y sommes parvenus pendant la COP de 2017», rappelle Donald Lafleur, vice-président exécutif du Congrès du travail du Canada.

participation syndicale

«La transition énergétique est une nécessité. Et il est important que les syndicats participent à la constitution d’une transition ambitieuse qui ne laisse personne derrière. Car, si nous n’avons pas tout le monde avec nous, nous n’y arriverons pas», confirme Catherine McKenna, la ministre fédérale de l’environnement.

Il n’y a pas de mauvaise volonté, mais beaucoup d’inquiétude dans les propos des représentants des salariés concernés. «Les travailleurs comprennent l’importance de cette transition, mais ils veulent être sûrs que cela ne se fera pas à leur détriment», souligne Tara Peel, responsable santé-environnement du Congrès du travail du Canada.

mémoire et communautés

C’est sans doute marginal, mais il y a une part de la culture populaire que cette transition menace et que certains entendent préserver. «Il est difficile pour des gens de voir disparaître un métier que les membres de leur famille exercent parfois depuis plusieurs générations», explique Matt Wayland, lobbyiste en chef de la Fraternité internationale des ouvriers en électricité.

«Et puis l’exercice d’une telle activité a créé des communautés qui risquent d’être dissoutes une fois que ce métier aura disparu», poursuit Sari Sairanen, directrice de la santé et de l’environnement d’Unifor, la plus grande centrale syndicale du Canada.

retraites et formations

Après près d’un an de travail, le groupe de travail est sur le point de rendre sa copie. Sans surprise, il devrait demander au gouvernement de Justin Trudeau de l’argent pour former à d’autres métiers les travailleurs souhaitant poursuivre leur carrière. Autre recommandation importante: accorder une retraite à taux plein à ceux qui approchent de l’âge de la retraite. Rien de bien original: ces expédients ont été utilisés dans les régions minières françaises ou britanniques.

Au-delà du charbon

Pour les Canadiens, il ne s’agit sans doute là que d’une première étape. «Il ne reste que 3.500 mineurs de charbon et travailleurs dans les centrales, rappelle Donald Lafleur. Or la transition n’est pas seulement l’une des conséquences du réchauffement. Elle est aussi générée par la banalisation de l’intelligence artificielle ou l’arrivée de la voiture autonome. Nous devons nous intéresser à toutes les catégories d’emplois qui vont souffrir des mutations en cours», conclut le syndicaliste québécois.



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