La transition électrique version réseau de transport

Le 21 octobre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Plus de 30 Md€ devront être investis d'ici à 2035.
Plus de 30 Md€ devront être investis d'ici à 2035.
DR

RTE publie sa vision du transport d’électricité pour les 15 prochaines années. Sans surprise, il faudra investir pour moderniser, raccorder les ENR, développer les interconnexions. Une liste de commissions dont le montant se chiffre en dizaines de milliards d’euros.

 

Lorsqu’on évoque la transition énergétique, on parle d’électricité le plus souvent. Et dans ce débat rétréci, ce sont évidemment les questions liées à la production qui l’emportent sur les autres. A commencer par le transport d’électricité, activité pourtant vitale. Mandaté par le gouvernement, le gestionnaire du réseau de transport (RTE) vient de publier sa vision de la transition, version réseau.

Examinant l’horizon électrique jusqu’à 2035, ce schéma décennal de développement du réseau (SDDR) est «conçu comme la traduction opérationnelle des orientations du projet de PPE», résume la filiale d’EDF.

Qu’est-ce à dire? D’abord, que le monde électrique du milieu de la prochaine décennie sera différent du nôtre. Entre 2020 et 2035, RTE table sur une croissance de la production (+16%) et de la consommation d’électricité (+7%). Les conséquences de l’électrification croissante d’usages. La France pourrait ainsi accueillir 15 millions de véhicules rechargeables en 2035: un parc 75 fois plus important que l’actuel.

Raccorder les énergies renouvelables

Le bouquet électrique aura, lui aussi, fait sa mue. Légalement, les énergéticiens devront avoir arrêté une quinzaine de tranches nucléaires de 900 MWe et toutes les installations au charbon. Parallèlement, la puissance du parc éolien terrestre et photovoltaïque devrait quintupler en 15 ans. De 0, la capacité installée des parcs éoliens en mer pourrait atteindre 10 GW vers 2035. «Tant que la capacité de production cumulée de l’éolien terrestre et du photovoltaïque demeure inférieure à environ 50 GW (elle s’élevait à 23,6 GW fin 2018), l’infrastructure actuelle semble globalement bien adaptée».

Or en 2028, souligne le projet de PPE, les capacités de production de ces deux sources d’énergies pourraient osciller entre 122 et 135 MWe. Il faudra donc tirer du câble pour relier centrales de production et zones de consommation. La disposition des premières aura d'ailleurs une fâcheuse tendance à évoluer en fonction des saisons, du régime du vent et des horaires de la journée. Selon qu’il vente ou non, les flux d’électricité ne seront pas les mêmes dans un pays doté de 4 à 5 fois plus d’éolien qu’aujourd’hui.

Pas plus de 85 ans

Pour fluidifier les marchés de l’électricité et renforcer la sécurité du réseau, RTE prévoit de doubler les capacités des interconnexions avec les pays voisins: Espagne, Belgique, Allemagne, Suisse, Irlande, Royaume-Uni, Italie.

Last but not least, le réseau de transport français n’est plus de première jeunesse. L’essentiel des lignes THT et HT a été bâti durant les Trente glorieuses: «à partir de 2030, un nombre croissant de lignes, construites lors de la reconstruction du pays après la seconde guerre mondiale, va atteindre l’âge de 85 ans: mécaniquement, les budgets à consacrer au renouvellement devront alors augmenter.»

Bref, vous l’avez compris, le SDDR n’est pas seulement un catalogue de projets, mais aussi l’un des devis de la transition énergétique. «Les investissements répertoriés dans le SDDR sont évalués à environ 33 milliards d’euros bruts sur quinze ans (contre 20 milliards de rythme tendanciel)»[1]. Une petite moitié (13 Md€) sera dédiée à l’adaptation du réseau, 8 Md€ seront consacrés au renouvellement des parties les plus anciennes, 7 Md€ iront au raccordement des énergies marines, 3 Md€ pour «l’ossature numérique» et 2 Md€ à la réalisation de nouvelles interconnexions. «Aujourd’hui, en rythme tendanciel, RTE engage environ 1,3 milliard d’euros d’investissements chaque année sur les volets décrits par le SDDR; ce rythme d’investissement devrait augmenter d’environ 600 M€ par an dès les prochaines années», annonce le GRT.

Facture en hausse?

Cela annonce-t-il une hausse de la part dédiée au transport dans notre facture d’électricité ? Pas forcément. RTE prévoit d’amortir ses futures installations sur de longues périodes (plus de 40 ans). Ce qui devrait réduire le surcoût pour le consommateur final: «la part du réseau de transport devrait rester globalement stable sur la période 2020-2035, voisine de 10% du coût total du système électrique», estime l’entreprise. Rendez-vous est pris pour le prochain Turpe.



[1] Pour la période 2020-2030, l’Allemagne devrait investir 61 Md€ pour moderniser ses réseaux de transport d’électricité.

 



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus