La transition énergétique pour tous?

Le 19 octobre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'électrification croissante, une bonne nouvelle pour l'environnement?
L'électrification croissante, une bonne nouvelle pour l'environnement?

Jamais les énergéticiens n’avaient donné l’accès à l’énergie à autant de Terriens. Reste à savoir si cette priorité du développement est compatible avec les objectifs de protection de l’environnement et du climat. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) fait le point.

 

De tous les objectifs du développement durable (ODD), c’est sans doute l’accès universel à l’énergie que les gouvernements veulent atteindre au plus vite. Non sans succès, d’ailleurs. Dans le rapport qu’elle publie ce jeudi 19 octobre, l’AIE se félicite du chemin parcouru ces dernières années. Depuis 2012, plus de 100 millions de personnes sont raccordées chaque année aux réseaux d’électricité dans le monde: 30% de mieux que durant la première décennie du siècle. Résultat: l’on ne comptait plus, fin 2016, ‘que’ 1,1 milliard d’habitants n’ayant pas accès à l’électricité, contre 1,7 milliard en 2000.

 

L’effort de l’Inde et de la Chine

Cet effort de rattrapage a principalement été fait par l’Inde et la Chine. Le taux d’électrification de la plus grande démocratie de la planète est passé de 67% à 89% entre 2000 et 2016. La Chine, quant à elle, éclaire tous ses habitants à l’électricité depuis 2015.

L’Afrique sub-saharienne reste la seule région où moins de la moitié des habitants restent plongés dans le noir à la nuit tombée. Piètre consolation: depuis 2014, la croissance du taux d’électrification y dépasse celui de la croissance démographique.

 

Charbon en tête

Satisfaisante au plan politique ou celui du développement économique et social, l’avancée inédite de la Fée électricité est-elle une bonne nouvelle environnementale? Pas encore, pourrait-on dire. Depuis le début du millénaire, l’électricité fournie aux nouveaux ‘accédants’ est produite à plus de 80% par des énergies fossiles, charbon en tête (49%). Heureusement, les temps changent.

 

Coût et performance

Sous le double effet de la chute des prix de l’éolien et surtout du solaire et de l’amélioration des performances énergétiques des systèmes d’éclairage et des appareils électroménagers, les énergies renouvelables font leur entrée sur ce nouveau marché. Depuis 5 ans, le tiers des nouveaux usagers de l’électricité sont alimentés par des systèmes photovoltaïques ou des fermes éoliennes. D’ici 2030, 70% des ruraux nouvellement raccordés pourraient être alimentés par des systèmes décentralisés, pronostique l’AIE.

 

Les fumées toxiques du dîner

Mais l’électricité n’est pas tout. Si un peu plus d’un milliard d’habitants ne peuvent s’éclairer avec une ampoule, ils sont presque trois fois plus nombreux à cuire leur dîner sur des foyers inefficaces, dévastateurs pour la santé et l’environnement. Pour résumer, 2,8 milliards de personnes cuisinent au bois, au kérosène ou au charbon; des foyers dont les fumées tuent près de 3 millions de femmes et d’enfants par an. Majoritairement alimentés par du bois ou du charbon de bois, fours et braseros sont aussi de puissants moteurs de la déforestation, notamment dans les pays tropicaux.

 

Four ou téléphone?

En investissant l’équivalent de 10% du budget nécessaire à l’électrification du monde, l’AIE estime ce problème soluble en une quinzaine d’années, notamment en développant dans les cuisines l’usage du gaz de pétrole liquéfié, du gaz naturel et de l’électricité. En mettant aussi à disposition, principalement dans les campagnes, des fours à fort rendement énergétique. En moyenne, le rendement énergétique des fours à bois traditionnels flirte avec les 15%, contre 40 à 50% pour des systèmes de cuisson modernes. Des systèmes dont le coût unitaire est largement inférieur à celui d’un téléphone cellulaire.

 

Bilan neutre

Question subsidiaire: le climat a-t-il tout à craindre de la réussite du programme Energie (électrique et thermique) pour tous? Tout dépendra, bien sûr, des bouquets énergétiques de chaque pays. Mais si les tendances actuelles se poursuivent, l’AIE fait le pari d’un bilan carbone neutre ou à peu près. A l’appui de sa démonstration, l’agence de l’OCDE estime que l’accroissement de la demande d’électricité, imputable aux ‘nouveaux raccordés’, fera progresser de 37 millions de tonnes équivalent pétrole la demande mondiale d’énergie d’ici 2030: l’équivalent de la consommation hebdomadaire américaine.

 

Bien sûr, la consommation accrue de GPL et de gaz naturel, pour la cuisson, devrait augmenter d’une centaine de millions de tonnes de CO2 par an notre bilan carbone. Un débit plus que compensé par l’absorption de carbone (165 Mt eqCO2/an) par les végétaux qui n’auront pas été transformés en bois de feu ou en charbon.

 



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