La transition énergétique perd l’une de ses âmes

Le 07 octobre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Benjamin Dessus, un scientifique au service de la transition énergétique.
Benjamin Dessus, un scientifique au service de la transition énergétique.
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Ingénieur et économiste, spécialiste des questions énergétiques, Benjamin Dessus est mort le 6 octobre. Il avait 80 ans.

 

Jusqu’au bout, il aura œuvré à rehausser le niveau du débat. Au début du mois, Benjamin Dessus publiait son dernier article consacré à l’économie des déchets nucléaires. Publié par Alternatives Economiques, le papier de cet ingénieur-économiste montrait l’incohérence de certains choix techniques, scientifiques et économiques concernant la gestion des résidus de la filière électronucléaire.

A l’encontre de nombreux observateurs, Benjamin Dessus connaissait le sujet sur le bout des doigts. En 2000, il publie avec Jean-Michel Charpin et René Pellat) la toute première étude économique indépendante sur la filière nucléaire française. Cette référence été complétée depuis par trois rapports de la Cour des comptes, l’un sur l’économie de l’industrie nucléaire tricolore, l’autre sur l’agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra), le troisième, plus récent, sur l’aval du cycle du combustible.

des fibres optiques ...

Réduire la vie de Benjamin Dessus à ses travaux sur l’économie de l’atome tricolore serait lui faire injure. Jeune ingénieur, il travaille sur l’optique quantique et les lasers (les bases de la conception des fibres optiques) dans les laboratoires de la Compagnie générale d’électricité à Marcoussis. En toute logique, il est embauché par le département études et recherches d’EDF pour y créer un laboratoire de métrologie optique.

En 1982, la balbutiante agence française pour la maîtrise de l’énergie (AFME[1]) fait appel à ses services. Cinq années durant, il y coordonnera les programmes de recherche, notamment d’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments. C’était l’époque où la France investissait massivement dans les économies d’énergie. Une époque où les compagnies pétrolières produisaient des films de publicité pour modérer la demande d’hydrocarbures !

... à la gestion des ressources

Spécialiste reconnu des questions énergétiques, il entre au CNRS en 1987. Il y dirige l’ambtieux programme interdisciplinaire Ecodev de maîtrise du cycle des ressources épuisables et de la prévention des atteintes à l’environnement. Dans son bureau, un portrait «grandeur nature» de Corto Maltese rappelle au visiteur que le sérieux Benjamin Dessus ne se prend pas toujours au sérieux.

C’est le plus sérieusement du monde qu’il partage ses connaissances. Au fil des ans, ce questionneur des politiques publiques publie des ouvrages de vulgarisation (L’énergie solaire, en 1996, Déchiffrer l’énergie, en 2014), politique (So Watt, en 2005), voire carrément engagé : En finir avec le nucléaire : pourquoi et comment (2011).

expertise et débats

Travailleur insatiable, il trouve le temps de s’engager dans le militantisme. Avec quatre compères (Bernard Laponche, François Pharabod, Arthur Riedacker et Philippe Roqueplo) et une consœur (Martine Barrère), il crée, en 1992, Global Chance, une association se donnant pour but d’apporter une expertise indépendante sur la transition énergétique. L’une des premières actions d’éclat de l’ONG sera le lancement d’un contre-appel de Heidelberg, appel «scientiste» rédigé par un cabinet de lobbying pendant le sommet de la terre de Rio. Par la suite, Global Chance et ses experts seront de tous les débats sur l’énergie et la transition.

le risque méthanique

Ces dernières années, Benjamin Dessus avait élargi son champ d’intervention. Avec le climatologue Hervé Le Treut et le physicien Bernard Laponche (un ancien de l’AFME), il s’est attaché à démontrer le manque de prise en compte des effets climatiques du méthane. Un gaz à effet de serre dont le potentiel de réchauffement global est revu à la hausse dans chaque rapport d’évaluation du Giec[2]. Et dont les émissions ne cessent d’augmenter.

 



[1] L’AFME sera fusionnée dans l’Ademe en 1991.

[2] Dans son second rapport d’évaluation (publié en 1995), le Giec donnait au méthane un pouvoir de réchauffement de 21. Il sera réévalué à 25 puis à 28, dans les quatrième (2007) et cinquième rapports (2013).

 



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