La transition énergétique: outil d’inclusion ou d’exclusion sociale?

Le 02 février 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Inclusive, la transition énergétique ?
Inclusive, la transition énergétique ?
VLDT

Le changement de notre paradigme énergétique permettra-t-il aussi de faire reculer la précarité? C’est l’une des questions débattues aux Assises européennes de la transition énergétique, qui se sont achevées jeudi 1er février. Eléments du débat.

C’est une situation qui inquiète de plus en plus les acteurs l’aide sociale: les charges inhérentes au logement deviennent insupportables. «En moyenne, constate Cédric Van Styvendael, président de Housing Europe[1], un Européen sur 10 peine à se chauffer, soit une cinquantaine de millions de personnes dans l’Union européenne.» Le chiffre varie fortement selon les régions. «Plus de 35% des écossais sont dans cette situation, contre 11% des Anglais», confirme Alister Steel, président de Our Power, énergéticien britannique à but non lucratif.

L’appel de l’Abbé Pierre

Le sujet n’est pas neuf. Voilà 64 ans, presque jour pour jour, l’Abbé Pierre lançait son fameux appel contre le mal logement. Malgré des décennies de mise en garde par les associations et les travailleurs sociaux, la situation semble inexorablement s’aggraver.

Au premier rang des causes de cette dégradation, la hausse des prix du logement. Depuis 2001, rappelle l’Insee, les dépenses de logement des foyers les plus modestes ont bondi de 51%, contre 40% pour les ménages les plus riches. Dans le même temps, les revenus des ménages du premier quartile progressaient de 20%, contre 29% pour ceux du dernier quartile.

Accélérateur de précarité

A cela, il faut ajouter l’inflation des prix de l’énergie: entre 2008 et 2016, les ménages européens ont vu progresser, en moyenne, de 20% le prix de l’électricité et du gaz naturel. Cumulées, ces hausses font du logement «un accélérateur de la précarité», s’indigne Cédric Van Styvendael.

Pareille mutation diminue l’efficacité de notre système de protection sociale, hérité de l’après-guerre. «Le système français est incapable d’endiguer le développement de la pauvreté. Entre 2005 et 2015, le nombre de pauvres est passé de 4 à 4,6 millions», souligne Sophie Swaton, maître d’enseignement et de recherche à l’université de Lausanne.

effets schumpétériens

La transition énergétique peut-elle inverser la tendance? C’est loin d’être évident. Secrétaire de la confédération européenne des syndicats, Monserrat Mir Roca craint les effets schumpétériens de la destruction créatrice de notre modèle économico-énergétique.

Rappelant que 10% des salariés européens sont des précaires énergétiques, la syndicaliste catalane enjoint aux régulateurs de toujours considérer la fourniture de l’énergie comme un service public régulé, quelle que soit son évolution technologique ou organisationnelle. Amusant, si l’on se souvient qu’en France, les tarifs régulés de l’électricité et du gaz, auxquels les particuliers restent très attachés, sont désormais plus chers que les tarifs de marché.

2 millions de logements

Les bailleurs sociaux ne restent pas les bras croisés: «Entre 2000 et 2015, nous avons investi 36 milliards d’euros pour réhabiliter 2 millions de logements en Europe», comptabilise Cédric Van Styvendael. Mais souvent, ces opérations ou les constructions de logements neufs sont conçues en fonction des normes thermiques, sans tenir compte des habitudes et des usages. «Un locataire, ça ne fonctionne pas comme un thermostat», s’énerve le président de Housing Europe qui fustige ces appartements sociaux, certes BBC, mais où il est déconseillé, voire impossible, d’ouvrir les fenêtres.

Pas de plan Marshall

Le logement, ce n’est pas seulement le neuf. Mais aussi l’ancien, où il ne faut pas toujours bon passer l’hiver. Raison pour laquelle, l’an passé, une demi-douzaine d’associations, d’entreprises et de bailleurs sociaux proposaient aux candidats à la présidentielle d’engager un plan Marshall de rénovation des 7 millions de ‘passoires énergétiques’. Un projet ambitieux mais resté lettre morte, sitôt le scrutin clos.

Si l’on ne peut réduire aisément les dépenses énergétiques, on peut alors imaginer accroître les revenus. Sans attendre un premier bilan de la généralisation du chèque énergie, Sophie Swaton propose de réformer le système d’aide sociale: «Trop complexe, le RSA, qui lui-même a remplacé le RMI, n’est pas perçu par tous ses ayant-droit. Finalement, un système qui laisse sur le carreau 20% de la population ne peut plus être taxé d’inclusif.»

Un revenu de la transition énergétique

Que faire? Certains fiscalistes proposent de réformer une fiscalité devenue incompréhensible, inefficace et souvent injuste. Dans le train de la réforme, on trouve les adorateurs de la Flat Tax ou les dithyrambes de la taxe carbone. Spécialiste de l’économie sociale et solidaire, la chercheure de l’université de Lausanne milite pour un revenu de la transition énergétique (RTE), sorte de revenu universel, assurant le paiement du gîte et de l’énergie. En contrepartie, les bénéficiaires seraient tenus d’exercer une activité écologique, pas toujours rentable, mais souvent utile: permaculture, agro-écologie, autoconstruction, promotion des énergies renouvelables.

Quelle place pour les plus modestes?

Promotion des énergies renouvelables? Laetitia Brottier connaît. Et c’est pour la vice-présidente d’Enerplan une bonne façon de rendre acceptable la transition énergétique. L’association des professionnels du solaire propose d’équiper 1,5 million d’appartements de panneaux photovoltaïques d’ici 2022: «Doter chacun de ces ménages de 500 Wc leur permettrait d’économiser une centaine d’euros par an sur le montant de leur facture d’électricité», estime la cofondatrice de DualSun.

Le débat reste ouvert. Mais il montre à l’évidence que la réussite de la transition énergétique et écologique passe par une forte acceptation sociale. Or, aujourd’hui, les plus modestes n’ont pas trouvé leur place dans ce projet nécessairement collectif.



[1] Housing Europe est la fédération européenne du logement social.

 

 



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