La transition énergétique n’est pas pour demain

Le 13 novembre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Bilan des politiques énergétiques actuelles : un réchauffement de 3,6°C.
Bilan des politiques énergétiques actuelles : un réchauffement de 3,6°C.

 

Dans son rapport annuel, l’Agence internationale de l’énergie esquisse notre futur énergétique à l’aune des politiques mises en œuvre. Résultat prévisible: un réchauffement de 3,6°C d’ici la fin du siècle.

La transition énergétique aura-t-elle lieu? Valable pour la France, la question se pose aussi (et surtout) pour le monde. Car, en décortiquant le volumineux rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), on ne peut qu’être sidéré par la totale inadéquation entre le message délivré, la semaine passée encore, par les climatologues du Giec[1] et les politiques énergétiques mises en œuvre ou en projet.

Les auteurs du 5e rapport d’évaluation du Giec nous posent une équation simple. Si nous voulons avoir une chance raisonnable de stabiliser le réchauffement à 2°C (par rapport à l’ère pré-industrielle), nous devons collectivement limiter à 1.000 milliards de tonnes nos émissions totales de CO2. Or, pour toutes sortes de raisons, nous allons exploser ce plafond de carbone. Et rapidement.

Démographie et développement

Il y a, bien sûr, le développement. D’ici le milieu du siècle, la population mondiale passera de 7 à 9 milliards. Le produit intérieur mondial devrait continuer de croître de plus de 3% l’an au cours des prochaines décennies. Les électriciens, les gaziers et les concessionnaires auto ne cesseront de gagner de nouveaux clients. En conséquence, notre appétit énergétique s’ouvrira toujours plus.

Entre 2012 et 2040, estime ainsi l’AIE, l’humanité va accroître de 37% ses consommations de pétrole, de gaz, de charbon et d’électricité. Du moins, si nous tenons toutes nos promesses, comme le paquet Energie Climat 2030 ou l’accord sino-américain. Car si nous continuons sur notre lancée sans rien changer, notre demande de kilowattheures et de barils de brut pourrait bondir de 50%.

Autre incertitude: la nature de notre mix énergétique. A moins, là encore, de tout changer, il sera fortement carboné. Environ 80% de l’énergie que nous consommons nous est fournie par les hydrocarbures. Et cela restera vrai en 2040.

Financer les hydrocarbures de demain

Bien sûr, des tensions ne sont pas à exclure. L’AIE s’inquiète des conséquences pour l’approvisionnement en hydrocarbures des crises russo-ukrainiennes, des conflits au Moyen-Orient ou du rapide déclin du pétrole et du gaz de schiste aux Etats-Unis. Pour autant, l’AIE maintient les mêmes prévisions d’évolution du prix du brut qu’en 2013: 112 dollars (89,8€) le baril en 2020 (113 $ l’an passé), 123 $ (98,6 €) en 2030 (121 $ l’an passé). Etonnant alors que le prix du pétrole a chuté de 25% depuis l’été. Ce qui n’est pas du goût de tout le monde.

Déclin prochain

En effet, les gisements d’huile conventionnelle commenceront vraiment à décliner à partir de 2030. La baisse de leur productivité pourra être compensée par l’accroissement de la production d’hydrocarbures non conventionnels, justement: pétrole offshore brésilien, sables bitumineux canadiens, huiles extra-lourdes de l’Orénoque. Ces gisements sont exploitables, mais à des coûts bien plus élevés que le pétrole saoudien ou texan. Ils ne le seront que si les compagnies pétrolières peuvent amortir leurs investissements dans le domaine de l’exploration-production.

L’appétit énergétique ne dynamisera pas seulement les activités pétrolières et gazières (enfin, si les prix repartent à la hausse). Le scénario de référence de l’AIE table sur une augmentation de 0,5% de la demande en charbon au cours des 25 prochaines années. Si tel est bien le cas, houille, anthracite et lignite seront la seconde source d’énergie la plus consommée, en 2040, après le pétrole. Mais juste avant le gaz naturel.

Gérer les combustibles usés

L’énergie nucléaire ne sera pas coulée par la catastrophe de Fukushima. Loin s’en faut. Les projections «moyennes» du World Energy Outlook 2014 tablent sur un parc mondial de 624 gigawatts électriques en 2040, contre 392 GWe l’an passé. Pour ce faire, les électriciens devront toutefois résoudre deux problèmes.

Il faudra trouver des exutoires définitifs aux déchets nucléaires. L’AIE rappelle ainsi qu’aucun pays nucléaire ne dispose d’installation de taille industrielle à ce jour. Inquiétant, si l’on se souvient qu’en 2040 ils devront gérer 705.000 tonnes de combustibles usés (très radioactifs): deux fois plus qu’en 2013. Dans 25 ans, les industriels devront avoir aussi démantelé bon nombre de réacteurs, pour un coût qui reste très incertain. Pour la seule Europe, une soixantaine seront mis à l’arrêt d’ici 2040: l’équivalent du parc exploité, en France, par EDF.

Les renouvelables ne connaîtront pas la crise. L’agence de l’OCDE estime que la puissance installée éolienne et solaire pourrait atteindre 4.550 GW en 2040. Près d’1 électron sur 5 serait alors produit par des sources d’énergies renouvelables (ENR), contre 1 sur 8 aujourd’hui.

Pas suffisamment d’ENR

En 2040, les ENR éviteront l’émission de plus de 7 milliards de tonnes de CO2 par an (deux fois plus qu’aujourd’hui!). Pour autant, cela restera très insuffisant pour bien gérer notre budget carbone. Les politiques en cours accroîtront nos rejets carbonés de 17% à 50%. A ce rythme, calculent les experts de l’AIE, nous sommes sur la voie d’un réchauffement de 3,6°C d’ici la fin du siècle.

Le pire n’est pourtant pas certain. Les auteurs du rapport rappellent que nous avons à notre disposition toutes les solutions et techniques nécessaires pour abattre nos émissions suffisamment pour stabiliser le réchauffement. Sans surprise, il s’agit tout à la fois de donner un prix aux émissions de CO2, de cesser de subventionner la consommation d’énergie (550 Md$/an ou 441Md€), de développer les énergies décarbonées et le captage géologique de CO2 et de favoriser l’intégration des dernières technologies dans les secteurs du transport et du bâtiment.

La mise en œuvre immédiate de ce programme permettrait, rappelle l’AIE, de stabiliser à 450 parties pour million (ppm) la concentration atmosphérique



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus