La transition énergétique fait enfin débat

Le 12 décembre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour Philippe Boisseau, il faut se préparer au plateau-oil.
Pour Philippe Boisseau, il faut se préparer au plateau-oil.
Total

Alors que le débat officiel sur la transition énergétique progresse à un train de sénateur, l’officieux fait rage depuis des semaines. Et au moment où Paris connaissait une importante panne de courant, l’Assemblée nationale auditionnait, mardi 11 décembre, les dirigeants des principaux énergéticiens œuvrant dans l’Hexagone.

Répondant au feu roulant des questions des membres de la commission du développement durable, Philippe Boisseau (directeur d’Energies nouvelles de Total), Jean-François Cirelli (vice-président de GDF Suez), Luc Poyer (président du directoire d’E.ON France) et Robert Durdilly (président de l’Union française de l’électricité) n’ont pas démérité.

Interrogé sur les réserves mondiales d’hydrocarbures, Philippe Boisseau a expliqué que contrairement aux années passées, la peur de manquer avait disparu. Exit la crainte du peak-oil, place au plateau-oil: le niveau maximal de production de brut, estimé par le directeur d’Energies nouvelles de Total à 95 millions de barils par jour, dans le monde, soit 5 petits millions de barils de plus qu’aujourd’hui.

Cette croissance annoncée de la production d’or noir ne doit pas réjouir les partisans des énergies fossiles, tant la demande énergétique des pays émergents et en développement est forte. «Elle représente 80% de la croissance de la demande mondiale», précise Philippe Boisseau. En conséquence, l’énergie deviendra immanquablement un bien rare. Ce qui oblige la collectivité, poursuit-il, à investir dans l’efficacité énergétique et la maîtrise de la demande. Le pétrogazier s’oblige d’ailleurs à réduire de 1% par an ses consommations d’énergie.

Autre poids lourd de l’énergie en France: GDF Suez. Son vice-président, Jean-François Cirelli est sur une ligne proche de celle de Total. Mais il se veut plus pugnace à l’encontre de la représentation nationale. «Si on veut que nous émettions moins de CO2, assène-t-il à la vingtaine de députés présents, il faut le faire payer.» Rappelant que son groupe est le premier exploitant français d’éoliennes, l’ancien directeur adjoint au cabinet de Jean-Pierre Raffarin appelle aussi les élus «à stabiliser les politiques publiques», notamment en matière d’énergies renouvelables.

Président du directoire d’E.ON France, Luc Poyer a tenu un discours un peu différent. Le représentant, en France, du géant allemand, milite pour une évolution du droit de l’énergie ouvrant aux concurrents d’EDF et de GDF Suez une plus grande place sur les marchés tricolores de l’énergie. «Il faut atomiser l’offre», lance l’ancien spécialiste du gaz naturel liquéfié de Total. Selon l’ex-magistrat de la Cour des comptes, la «remise sur les rails du marché», l’accroissement des investissements dans les centrales de pointe (garantes de l’équilibre) et les énergies renouvelables passent par une concurrence accrue. Concurrence fortement limitée, estime-t-il, par les lois ayant institué les tarifs régulés du gaz et de l’électricité.

Apôtre d’une certaine transition énergétique, Robert Durdilly n’oublie pas de la chiffrer. L’évolution du mix électrique vers un bouquet mi-nucléaire mi-renouvelables coûtera au bas mot 420 milliards d’euros, sur plusieurs décennies, dont 180 milliards pour le seul équipement en éoliennes, centrales photovoltaïques et hydroélectriques. Surfant sur les vagues initiées par les deux dernières ministres de l’écologie, le conseiller à la présidence d’EDF souhaite la création d’un corpus législatif favorisant la création de filières industrielles nationales. «Si on réduit nos importations énergétiques de moitié, souligne l’ancien administrateur de l’énergéticien de Monaco, on réduit de 40 Md€ le déficit de notre balance commerciale.» Appelant les députés à faire preuve de cohérence, l’ex-patron d’Electricité de Strasbourg souligne qu’on peut difficilement accroître la production d’hydroélectricité et le nombre de cours d’eau classés.

Le débat est vraiment lancé.



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