La transition énergétique, c’est pas maintenant

Le 11 juin 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Il est encore temps d'investir.
Il est encore temps d'investir.

Comme un air de déjà entendu. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) présentait, cet après-midi 11 juin, sa dernière publication, consacrée aux technologies énergétiques susceptibles de nous aider à limiter à 2°C le réchauffement.

«Ce qui reste tout à fait à notre portée», assure Maria van der Hoeven. Et la directrice exécutive de l’agence de l’OCDE de rappeler que la décarbonisation de notre système énergétique passe par le déploiement massif de centrales thermiques à flamme à haut rendement (50% minimum), de centrales nucléaires, des énergies renouvelables, du captage-stockage de CO2 (CSC), de véhicules électriques. Sans oublier les politiques et mesures permettant à l’industrie et au secteur de la construction d’utiliser systématiquement les plus sobres des techniques.

«La mise en œuvre à grande échelle de ce portefeuille de technologies nous permettrait, avec 80% de chances, d’atteindre le but des 2°C», complète l’ancienne ministre de l'éducation et des affaires économiques des Pays-Bas.

Certes, cette transition énergétique ne sera pas gratuite. L’AIE estime à 36.000 milliards de dollars (26.678 milliards d’euros) (sur 40 ans) le montant total du devis, «soit 35% de plus que dans un scénario qui n’attache pas de priorité à la lutte contre les émissions de carbone».

Cher? Peut-être, mais attention à ne pas confondre dépenses et investissements, reprennent les auteurs du rapport. «D’ici 2025, les économies en coût d’énergie feraient plus que compenser les sommes investies. Et d’ici 2050, elles dépasseraient (en cumulé, ndlr) 100.000 Md$ (80.000 Md€).»

Ces chiffres vous dépassent? Les voici sous un autre angle. En déployant largement les technologies sobres et bas carbone dont nous disposons aujourd’hui, nous pourrions (à l’horizon 2050) économiser l’équivalent de 15 années de demande d’énergie primaire mondiale actuelle. De plus, nous rappelle le rapport Stern, ne rien faire du tout pourrait amputer à terme le PIB mondial de 20% de sa valeur.

Et précisément, où en sommes-nous de ce déploiement? Hélas, pas bien loin, soupire-t-on dans les couloirs de l’AIE. Les énergies renouvelables mises à part (notamment l’éolien et le photovoltaïque), toutes les technologies «décarbonantes» sont encore dans les cartons. Il n’existe aucune centrale thermique à flamme dotée d’un système complet de captage/stockage de carbone (CSC). Or près de 8.000 installations dans le monde devraient être équipées. Le véhicule électrique est dans les têtes des dirigeants. Cependant, rappelle-t-on à l’AIE, les politiques publiques tablent sur 20 millions de véhicules en 2020, soit plus du double des capacités prévues par les constructeurs automobiles. Les réseaux de transport et de distribution d’électricité intelligents pourraient permettre de réduire de 4.000 Md$ (3.200 Md€) le montant de la facture d’électricité européenne vers 2050. Hélas, il n’existe, pour le moment, que quelques micro-démonstrateurs de ces Smart Grids. Et leur avenir est loin d’être assuré faute de financement.

Mais il n’y a pas que les technologies. Véritables arlésiennes énergétiques, la maîtrise de la demande et l’efficacité énergétique restent les grandes absentes des politiques publiques. La loi Pope du 13 juillet 2005 impose pourtant de «porter le rythme annuel de baisse de l'intensité énergétique finale à 2% dès 2015 et à 2,5 % d'ici 2030». Nous en sommes loin. Motif, s’interroge faussement naïve l’AIE: «Le manque d’incitation et un certain nombre d’obstacles non économiques empêchent une adoption à grande échelle de mesures améliorant l’efficacité énergétique».

 La faute aussi aux politiques de recherche qui ont délaissé l’énergie. Dans les années 1980, rappelle l’AIE, les pays les plus industrialisés consacraient 20% de leurs crédits publics de recherche aux sujets liés à l’énergie, soit 5 fois plus qu’aujourd’hui.

A continuer ainsi, le scénario de notre avenir est d’ores et déjà écrit. Selon la lenteur avec laquelle nous réagirons, le réchauffement climatique sera de 4°C ou de 6°C. Il faudra alors penser à organiser la transition géographique.



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